Ouverture de l’année Bienheureuse Anuarite

Message

Gn 9, 8-15 ; 1 P 3, 18-22 ; Mc 1, 12-15


« Ensemble, avec Bienheureuse Anuarite,

humanisons notre société »

Chers frères et sœurs,

1.     C’est à partir de Lovo, Paroisse consacrée à la Bienheureuse Anuarite, que je vous adresse ce message avec comme invitation principale : « Ensemble, avec Bienheureuse Anuarite, humanisons notre société ».

En union avec l’Eglise universelle qui célèbre le 1er dimanche du temps de carême, nous, fidèles de l’Eglise catholique de la RDC, ouvrons aujourd’hui l’Année Bienheureuse Anuarite. Le 15 août 2005 a été le 20e anniversaire de la béatification de la sœur Anuarite par le Pape Jean-Paul II à Kinshasa ; le 1er décembre 2006 sera le 40e anniversaire de sa mort. C’est ainsi que les évêques de la RDC ont dédié l’année 2006 aux deux anniversaires ; le 5 mars a été choisi comme date de l’ouverture de cette année dans toutes les paroisses du pays.

Bien aimés du Seigneur,

 2. Avec la Bienheureuse Anuarite, écoutons la Parole de Dieu, accueillons-la dans nos cœurs et laissons nous transformer par elle. La première lecture, tirée du livre de la Genèse, parle de la sollicitude paternelle de Dieu envers l’humanité. La désobéissance de l’homme a entraîné le déluge, la dévastation de l’humanité par l’eau. Alors que l’humanité était sur le point de disparaître, Dieu a manifesté sa bonté paternelle en sauvant la famille humaine et chacune des espèces animales. Dieu ne s’est pas contenté de sauver l’humanité, il a conclu une Alliance avec elle. Saint Pierre, dans la seconde lecture, nous dit que Jésus est mort sur la croix par amour pour nous, pour nous introduire devant Dieu. L’évangile selon saint Marc nous présente Jésus victorieux du péché. Sur le chemin des forces du mal, des difficultés, des privations, Jésus surmonte les épreuves et résiste aux tentations, il repousse le mal et fait triompher l’amour pour Dieu et pour l’homme.

Ainsi, la Parole de Dieu de ce premier dimanche de carême souligne avec force combien Dieu nous aime : il nous sauve de la mort, il fait alliance avec nous, il nous envoie son Fils qui meurt pour nous. Si donc le Christ nous a aimés le premier, nous devrions le chercher et l’aimer avant toute chose pour qu’en toutes circonstances nous pensions et agissions selon la loi de son amour. La situation combien déshuma­nisante que nous vivons révèle la force du mal et notre condition de péché face à laquelle aucune autre formule ne nous sauvera, sinon le message du salut apporté par Le Christ. C’est le Christ que nous devons connaître, aimer, imiter ; c’est sa façon de penser, d’aimer et d’agir qui doi­vent être les nôtres ; c’est avec Lui que nous sommes appelés à trans­for­mer notre société, notre histoire.

C’est par ce message que nous commençons le carême, temps privilégié pour notre vie de foi, de charité et d’espérance. Pour nous mettre à la suite du Christ, victorieux du mal et témoin de l’amour, l’Eglise nous invite à cultiver particulièrement trois valeurs : la prière, le jeûne (pénitence et abstinence) et le partage. Ces trois valeurs nous incitent à nous rendre disponibles pour le Christ et à être solidaires de nos frères et sœurs par le partage de ce que nous sommes et de ce que nous avons.  

3. Comme nous l’avons signalé au début de ce Message, cette année est consacrée à la Bienheureuse Anuarite. C’est avec elle que nous allons vivre, entre autres, ce temps de carême, elle qui a su mettre le Christ au centre de sa vie.  Son martyre est une interpellation pour notre société marquée par la culture de la violence et de la mort ; sa vie est un té­moi­gnage, un message fort à la nation congolaise, au peuple de l’Afrique et à l’hu­­ma­nité entière. Aujourd’hui, plus que jamais, dans son effort de construction d’une société plus juste et fraternelle, le peuple congolais a besoin de chrétiens, modèles et té­moins de Jésus-Christ, qui ont vécu comme nous la souffrance mais qui grâce à la foi au Christ, ont été témoins de son amour et de sa fidélité. Anuarite, une jeune religieuse du diocèse de Wamba, dans le nord est de notre pays, meurt à 24 ans. Elle a été tuée parce qu’elle a refusé et résisté énergiquement à un Commandant militaire qui voulait la violer ; en mourant, elle a pardonné à ses bourreaux. Elle est devenue ainsi pour nous tous un modèle dé fidélité, de courage, de pardon et de pureté.

Chers frères et sœurs

4. A une époque où la fidélité à la parole donnée et aux engagements multiformes de la vie des hommes et des femmes dans notre société diminue de manière inquiétante : divorces, infidélités conjugales, infidélités des consacrés, trahison des engagements pris vis-à-vis de ses responsabilités tant professionnelles que familiales et ecclésiales,  la fidélité et la persévérance de Soeur Anuarite, résolue devant la mort, sont de nature à réveiller les consciences et à susciter dans les coeurs de nouveaux élans de fidélité au Seigneur dans les petites comme dans les grandes choses. En ce temps de préparation aux élections, Anuarite nous fait comprendre qu’il n’y a pas de paix sans justice, pas de Justice sans pardon. Elle nous rappelle le commandement de l’amour. Pour nous chrétiens la propagande électorale ne doit pas devenir une occasion de déchirement, de calomnies, de médisance. Que nos discours, nos actions, nos programmes notre comportement dans les débats politiques se fassent dans la vérité, la justice et le respect mutuel.

5. Dans le monde actuel où la maîtrise de soi, la chasteté et la pureté de coeur ne semblent plus appréciées, engagée sans réserve à suivre le Seigneur jusqu’à être tuée par fidélité à la virginité consacrée, la Bienheureuse Anuarite, devient comme un phare qui brille dans les ténèbres, pour éclairer les pas de chacun, quel que soit sa forme de vie. Les Consacrés trouveront en elle un modèle d’engagement religieux, d’ardent désir de perfection, d’esprit de foi, de conscience de son devoir d’état, d’esprit de prière et de fidélité. Les jeunes verront dans cette jeune religieuse morte à 24 ans, un exemple d’une fille pour qui Dieu était la seule richesse de sa vie. Les femmes trouveront en elle le symbole de la lutte pour la dignité de la femme. Ainsi, à son exemple, les femmes sont-elles appelées avant tout à oeuvrer pour La promotion de leur propre dignité. C’est l’occasion pour les femmes de réfléchir sur leur être-femme, de redécouvrir le sens profond de leur vocation, de redire leur engagement dans la promotion de la paix, du pardon, de la réconciliation ; leur engagement dans l’humanisation de notre société.

6. Pour bien marquer notre cheminement avec Anuarite, les évêques de notre pays ont décidé que dans chaque diocèse soit organisée une catéchèse sur les valeurs et les vertus incarnées par la Bienheureuse. Un pèlerinage national se déroulera aux lieux où a vécu notre Bienheureuse. Un sanctuaire pourra être construit sur le lieu de son martyre. Pour notre diocèse, un lieu de pèlerinage sera créé à la paroisse Bienheureuse Anuarité à Lovo. A partir du mois de juillet, des pèlerinages en paroisses et Mouvements d’Action Catholique seront organisés vers la paroisse de Lovo. Ces pèlerinages se poursuivront jusqu’au 1er décembre 2006, jour de la clôture de l’Année Anuarite.

 

Bien aimés du Seigneur,  

7. Rendons grâce à Dieu pour le don qu’il nous a fait de sœur Anuarite. Continuons à être vigilants en ces temps ultimes de la transition politique et de préparation aux élections. Le référendum constitutionnel qui vient d’avoir lieu indique que le peuple congolais veut la paix ; il veut prendre une part active à l’avènement d’une société éprise de justice et de paix, de vérité et d’amour fraternel; mais, surtout, il veut élire ses dirigeants à travers des élections libres, transparentes et démocratiques. Pour ce faire, nous devons continuer notre éducation civique : elle concerne tout les makuku matatu : prêtres, religieux, religieuses et laïcs. Les prêtres, les religieux et les religieuses mobiliseront massivement les jeunes et les adultes pour répondre aux campagnes d’éducation civique et électorale. 

8. Conformément aux directives de l’Eglise universelle et de notre Eglise locale en RDC, je voudrais rappeler ceci : 1) mis à part pour l’Evangile de Dieu (Rom 1,1) et fait tout à tous pour les sauver tous (1 Cor 919-23), le prêtre, le religieux, la religieuse ne peut être un homme d’un parti ; 2) dans leurs rapports avec les partis et regroupements politiques les prêtres, les religieux et les religieuses garderont une indépendance d’esprit et une neutralité bienveillante ; 3) il est formellement interdit d’accorder la parole dans les églises aux partis politiques, de diffuser les communiqués et annonces des partis politiques lors des célébrations eucharistiques ; 4) les messes demandées par les partis politiques seront célébrées en observant les normes liturgiques.

Chers frères et sœurs,

9. Faire mémoire du martyre de la Bienheureuse Anuarite signifie, pour nous chrétiens congolais, nous engager, dans la foi, pour la justice et la paix, pour la réconciliation et la reconstruction de notre société. Prions de manière spéciale le Seigneur au cours de cette année pour que la Bienheu­reuse Anuarite intercède pour ce pays auprès de Dieu. Et que par l’intercession de la Bienheureuse Anuarite Die nous comble de ses bénédictions et protège notre pays. Amen.

 

Mbuka Cyprien, cicm

Evêque de Boma