Chers frères et
sœurs,
1. La Parole de Dieu qui vient d’être proclamée, notamment
l’évangile, parle des dernières heures de la vie terrestre
de Jésus avec ses disciples. Il leur confie ses dernières
volontés, son ultime testament. Parmi les ultimes
confidences que le Seigneur fait aux siens avant de les
quitter, ce sont ces paroles : « c’est la paix que je vous
laisse, c’est ma paix que je vous donne ». Cette paix qu’il
nous laisse n’est pas comme celle du monde, qui s’arrache
par les armes, les disputes, les conflits, les rivalités et
les méfiances. La paix de Jésus est fondée sur le grand
commandement de l’amour. C’est ainsi qu’à ses disciples il
confie aussi comme dernières paroles : « Si quelqu’un
m’aime, il restera fidèle à ma parole ; mon Père l’aimera,
nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de
lui. »
La première communauté chrétienne a bien compris ce message.
Nous venons de suivre, dans la première lecture, dans les
Actes des Apôtres, comment les disciples règlent les
tensions qui naissent au sein de la communauté : ils se
réfèrent aux anciens, ils s’écoutent mutuellement, ils ont
du respect les uns pour les autres et ils sont ouverts à
l’Esprit. Voilà comment se vit et se construit la véritable
paix, celle que le Seigneur a laissée et donnée à ses
disciples, à nous les chrétiens.
2. La Parole de Dieu que nous venons d’expliciter nous aide
à mieux comprendre la mission que Dieu nous confie à travers
le programme que nous lançons aujourd’hui. Comme vous le
savez, notre pays a été le théâtre d’un affrontement armé et
meurtrier. Il n’est pas sûr que le bruit des armes se soit
déjà tu partout. Depuis des mois, le pays est entré dans une
phase délicate, celle de la Transition devant conduire aux
élections transparentes et démocratiques, et conformément au
délai prévu. Face aux défis de la Transition, l’épiscopat
congolais a levé une option pastorale nouvelle. L’épiscopat
a beaucoup écrit ; il a fait beaucoup de déclarations. Les
deux derniers écrits sont bien connus : « J’ai vu la
misère de mon peuple » (Ex 3, 7). Trop, c’est trop ! »
et « Pour l’amour du Congo, je ne me tairai point ».
Cette fois-ci l’épiscopat entend rompre avec une tradition
de la parole sans gestes, une dénonciation sans lendemain et
des discours sans actions. Il s’agit de promouvoir une
mystique de l’engagement. Cet engagement exige un programme
d’action. Nous voulons inculquer à tous les fidèles une
éducation civique les préparant aux élections qui
doivent sanctionner la fin de la transition et ainsi
conduire le pays dans un espace démocratique, dans une paix
véritable, telle que le Christ nous l’a donnée.
3. Dans notre diocèse, déjà à l’occasion de la fête de la
présentation de Jésus au temple, le 2 février 2004, les
religieux et religieuses, avaient organisé une conférence et
une messe consacrées à ce programme de la Conférence
Episcopale Nationale. Par la suite, la Commission Diocésaine
Justice & Paix a organisé deux journées de réflexion sur ce
même thème. Mon Message de Pâques a relayé ces réflexions. A
présent, nous voudrions que le projet rejoigne la base et
prenne corps à la base. Aujourd’hui nous voulons engager
tous les fidèles du diocèse dans la danse ; nous voulons que
cette préoccupation et cette prise de conscience touche tous
les fidèles jusque dans les CEVB, dans les Sous-postes, dans
les quartiers, dans les villages, dans les familles, dans
les maisons, dans les coeurs.
Chers frères et sœurs,
4. La Constitution de la Transition réaffirme avec force que
notre hymne national est « Debout Congolais » et la
devise du pays est « Démocratie, Justice et Unité ».
Voilà, les valeurs pour lesquelles nous devons nous battre.
Nous tous nous voulons que notre pays soit debout ; nous
aspirons tous à un état démocratique ; nous rêvons tous d’un
pays où règne la justice ; nous espérons tous vivre unis. La
à où il y a corruption, il n’y a pas de paix ; là où il y a
du profit personnel, il n’y a pas de paix ; là où il y a
course à l’argent et aux honneurs, il n’y a pas de paix ; là
où il y a mensonge, flatterie et démagogie, il n’y a pas de
paix ; là où il y a tribalisme, régionalisme et favoritisme,
il n’y a pas de paix ; là où il y a violence, tracasserie et
recours aux armes, il n’y a pas de paix ; là où il y a
orgueil et vantardise, il n’y a pas de paix.
5. Nous voulons donc des dirigeants qui favorisent la paix
et qui nous aident à vivre les valeurs de solidarité, de
concertation, de coresponsabilité et de sens du bien
commun ; des dirigeants honnêtes, justes, soucieux du bien
commun et de tous ; des dirigeants droits et aux mœurs
intègres ; des dirigeants humbles et engagés pour la
société ; des dirigeants capables de pardon, de
réconciliation et d’amour fraternel. Ne nous laissons donc
plus tromper par des paroles de flatterie et de mensonge.
C’est en toute conscience que chacun devra voter,
c’est-à-dire pour l’amour et le bien-être de la société ;
chacun devra accepter et respecter le choix de l’autre au
nom de l’amour et de la démocratie. N’allons pas voter sous
le coup de l’ivresse ou victime de la flatterie financière
ou promotionnelle.
Chers frères et sœurs,
6. Restons fidèles au Seigneur. Son testament est clair :
« je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ».
Travaillons pour cette paix. C’est en étant ensemble et en
nous concertant continuellement que nous pouvons être forts.
Il y aura des inciviques qui viendront nous embêter, nous
menacer, nous faire peur. Mais n’oublions pas ce que le
Seigneur nous dit : « ne soyez pas bouleversés et
effrayés…je m’en vais, et je reviens vers vous…je vous
enverrai un Défenseur, l’Esprit de vérité, de courage et
d’audace ». Accompagnés par cet Esprit, mettons-nous
ensemble et soutenons-nous mutuellement. Si quelqu’un est
arrêté ou menacé, qu’on nous arrête tous et qu’on nous
menace tous. Makuku matatu, efforçons-nous de
connaître notre Eglise ; travaillons pour la prospérité de
notre pays. Et pour l’amour de ce pays, ne nous taisons
plus, ne nous laisser plus intimider, ne nous laissons plus
tromper.
Chers frères et sœurs,
8. Apprenons et récitons chaque jour la prière et les dix
commandements pour les élections. Durant ce temps de
Transition, organisons des séances de prière, des
pèlerinages et des neuvaines pour que le Seigneur nous aide
à faire un choix de bons dirigeants de notre pays quand le
moment des élections viendra. Nous voulons un pays épris de
paix, de justice et de travail. Nous demandons à tous les
curés et responsables des communautés religieuses et
sacerdotales de tout faire pour que ce message touche tous
les fidèles. Il ne s’agit pas de le lire une fois, mais il
faut en faire l’objet de catéchèse, de réflexion, d’échange,
de méditation et d’animation tout au long du temps de la
Transition. Nous avons à associer nos frères et sœurs
chrétiennes des autres confessions ainsi que tous les hommes
et femmes de bonne volonté vivant dans nos milieux.
Que l’Eternel bénisse nos dirigeants, qu’il bénisse notre
pays et notre Eglise, qu’il nous bénisse tous et nous
accorde la santé de l’âme et du corps.
Mbuka Cyprien
Évêque de Boma