Ac 14, 1-29 ; Ap 21, 10-23 ; Jn 14, 23-29

« Je vous laisse la paix, Je vous donne ma paix. »

 

Chers frères et sœurs,

1. La Parole de Dieu qui vient d’être proclamée, notamment l’évangile, parle des dernières heures de la vie terrestre de Jésus avec ses disciples. Il leur confie ses dernières volontés, son ultime testament. Parmi les ultimes confidences que le Seigneur fait aux siens avant de les quitter, ce sont ces paroles : « c’est la paix que je vous laisse, c’est ma paix que je vous donne ». Cette paix qu’il nous laisse n’est pas comme celle du monde, qui s’arrache par les armes, les disputes, les conflits, les rivalités et les méfiances. La paix de Jésus est fondée sur le grand commandement de l’amour. C’est ainsi qu’à ses disciples il confie aussi comme dernières paroles : « Si quelqu’un m’aime, il restera fidèle à ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui. »

 

La première communauté chrétienne a bien compris ce message. Nous venons de suivre, dans la première lecture, dans les Actes des Apôtres, comment les disciples règlent les tensions qui naissent au sein de la communauté : ils se réfèrent aux anciens, ils s’écoutent mutuellement, ils ont du respect les uns pour les autres et ils sont ouverts à l’Esprit. Voilà comment se vit et se construit la véritable paix, celle que le Seigneur a laissée et donnée à ses disciples, à nous les chrétiens.

 

2. La Parole de Dieu que nous venons d’expliciter nous aide à mieux comprendre la mission que Dieu nous confie à travers le programme que nous lançons aujourd’hui. Comme vous le savez, notre pays a été le théâtre d’un affrontement armé et meurtrier. Il n’est pas sûr que le bruit des armes se soit déjà tu partout. Depuis des mois, le pays est entré dans une phase délicate, celle de la Transition devant conduire aux élections transparentes et démocratiques, et conformément au délai prévu. Face aux défis de la Transition, l’épiscopat congolais a levé une option pastorale nouvelle. L’épiscopat a beaucoup écrit ;  il a fait beaucoup de déclarations. Les deux derniers écrits sont bien connus  : « J’ai vu la misère de mon peuple » (Ex 3, 7). Trop, c’est trop ! » et « Pour l’amour du Congo, je ne me tairai point ». Cette fois-ci l’épiscopat entend rompre avec une tradition de la parole sans gestes, une dénonciation sans lendemain et des discours sans actions. Il s’agit de promouvoir une mystique de l’engagement. Cet engagement exige un programme d’action. Nous voulons inculquer à tous les fidèles une éducation civique les  préparant aux élections qui doivent sanctionner la fin de la transition et ainsi conduire le pays dans un espace démocratique, dans une paix véritable, telle que le Christ nous l’a donnée.

 

3. Dans notre diocèse, déjà à l’occasion de la fête de la présentation de Jésus au temple, le 2 février 2004, les religieux et religieuses, avaient organisé une conférence et une messe consacrées à ce programme de la Conférence Episcopale Nationale. Par la suite, la Commission Diocésaine Justice & Paix a organisé deux journées de réflexion sur ce même thème. Mon Message de Pâques a relayé ces réflexions. A présent, nous voudrions que le projet rejoigne la base et prenne corps à la base. Aujourd’hui nous voulons engager tous les fidèles du diocèse dans la danse ; nous voulons que cette préoccupation et cette prise de conscience touche tous les fidèles jusque dans les CEVB, dans les Sous-postes, dans les quartiers, dans les villages, dans les familles, dans les maisons, dans les coeurs.

 

Chers frères et sœurs,

 

4. La Constitution de la Transition réaffirme avec force que notre hymne national est « Debout Congolais » et la devise du pays est « Démocratie, Justice et Unité ». Voilà, les valeurs pour lesquelles nous devons nous battre. Nous tous nous voulons que notre pays soit debout ; nous aspirons tous à un état démocratique ; nous rêvons tous d’un pays où règne la justice ; nous espérons tous vivre unis. La à où il y a corruption, il n’y a pas de paix ; là où il y a du profit personnel, il n’y a pas de paix ; là où il y a course à l’argent et aux honneurs, il n’y a pas de paix ; là où il y a mensonge, flatterie et démagogie, il n’y a pas de paix ; là où il y a tribalisme, régionalisme et favoritisme, il n’y a pas de paix ; là où il y a violence, tracasserie et recours aux armes, il n’y a pas de paix ; là où il y a orgueil et vantardise, il n’y a pas de paix.  

 

5. Nous voulons donc des dirigeants qui favorisent la paix et qui nous aident à vivre les valeurs de solidarité, de concertation, de coresponsabilité et de sens du bien commun ; des dirigeants honnêtes, justes, soucieux du bien commun et de tous ; des dirigeants  droits et aux mœurs intègres ; des dirigeants humbles et engagés pour la société ; des dirigeants capables de pardon, de réconciliation et d’amour fraternel. Ne nous laissons donc plus tromper par des paroles de flatterie et de mensonge. C’est en toute conscience que chacun devra voter, c’est-à-dire pour l’amour et le bien-être de la société ; chacun devra accepter et respecter le choix de l’autre au nom de l’amour et de la démocratie. N’allons pas voter sous le coup de l’ivresse ou victime de la flatterie financière ou promotionnelle.

 

Chers frères et sœurs,

 

6. Restons fidèles au Seigneur. Son testament est clair : « je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ». Travaillons pour cette paix. C’est en étant ensemble et en nous concertant continuellement que nous pouvons être forts. Il y aura des inciviques qui viendront nous embêter, nous menacer, nous faire peur. Mais n’oublions pas ce que le Seigneur nous dit : « ne soyez pas bouleversés et effrayés…je m’en vais, et je reviens vers vous…je vous enverrai un Défenseur, l’Esprit de vérité, de courage et d’audace ». Accompagnés par cet Esprit, mettons-nous ensemble et soutenons-nous mutuellement. Si quelqu’un est arrêté ou menacé, qu’on nous arrête tous et qu’on nous menace tous. Makuku matatu, efforçons-nous de connaître notre Eglise ; travaillons pour la prospérité de notre pays. Et pour l’amour de ce pays, ne nous taisons plus, ne nous laisser plus intimider, ne nous laissons plus tromper.

 

Chers frères et sœurs,

 

8. Apprenons et récitons chaque jour la prière et les dix commandements pour les élections. Durant ce temps de Transition, organisons des séances de prière, des pèlerinages et des neuvaines pour que le Seigneur nous aide à faire un choix de bons dirigeants de notre pays quand le moment des élections viendra. Nous voulons un pays épris de paix, de justice et de travail. Nous demandons à tous les curés et responsables des communautés religieuses et sacerdotales de tout faire pour que ce message touche tous les fidèles. Il ne s’agit pas de le lire une fois, mais il faut en faire l’objet de catéchèse, de réflexion, d’échange, de méditation et d’animation tout au long du temps de la Transition. Nous avons à associer nos frères et sœurs chrétiennes des autres confessions ainsi que tous les hommes et femmes de bonne volonté vivant dans nos milieux.

 

Que l’Eternel bénisse nos dirigeants, qu’il bénisse notre pays et notre Eglise, qu’il nous bénisse tous et nous accorde la santé de l’âme et du corps.

Mbuka Cyprien

Évêque de Boma