« ils s’en retournèrent, chantant la gloire

et les louanges de Dieu » ( Lc 2, 20 )

 

1. Les bergers s’en retournèrent, chantant la gloire et les louanges de Dieu.  Telle fut la réaction des bergers après avoir vu l’enfant Jésus.

Chers frères et soeurs,

Je voudrais, cette année, vous proposer de méditer sur l’attitude des bergers : leur comportement devant les événements qui se passèrent autour d’eux nous aide à comprendre quelque chose du mystère de Noël.

2. C’est l’évangile selon saint Luc qui nous parle d’eux. Ce sont des gens simples, appartenant au dernier échelon de la société de l’époque. Ils montent la garde pendant la nuit auprès de leurs troupeaux, passant des nuits blanches en plein air. Comme ils en avaient l’habitude, ils étaient cette nuit-là auprès de leurs troupeaux, lorsque d’une manière inattendue, ils sont illuminés en pleine nuit. Avant tout, c’est le recul de la peur ; mais un personnage céleste les rassure : « soyez sans crainte » ! « Il vous est né dans la ville de David un Sauveur qui est le Christ Seigneur »… « Voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté »…et « couché dans une mangeoire ». (Lc 2, 10-12).

En réalité, les bergers n’ont pas reçu consigne de se rendre au lieu où Jésus est né. Mais le message de l’ange les surprend dans leur train-train quotidien et ils acceptent de modifier leur programme quotidien pour être attentifs à l’événement annoncé par l’ange. C’est d’eux-mêmes qu’ils abandonnent momentanément la surveillance de leurs troupeaux et se décident d’aller « jusqu’à Bethléem et voir ce qui est arrivé, ce que le Seigneur nous a fait connaître (cf. Lc 2, 15). Ils accourent vers l’étable. Ils trouvent effectivement un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire, dans l’indigence la plus grande.

3. Comment réagissent les bergers devant l’enfant Jésus, couché dans une mangeoire, dans une grande pauvreté ? C’est ici la merveille : ce ne sont plus les mêmes bergers. Ils ne discutent pas, ils ne doutent pas, ils ne haussent pas les épaules ; ils écoutent leur cœur ;  ils ne font rien d’autre que de faire connaître « ce qui leur avait été dit au sujet de cet enfant »  (Lc 2, 17) et ils rejoignent leurs troupeaux, « chantant la gloire et les louanges de Dieu pour ce qu’ils avaient entendu et vu « (Lc 2, 20). Ainsi, eux qui étaient dans les ténèbres sont maintenant dans la lumière ; eux qui étaient païens accèdent à la louange de Dieu et à l’action de grâce ; eux qui gardaient des bêtes deviennent maintenant des annonciateurs de la Bonne Nouvelle destinée à toute l’humanité.

Que s’est-il passer pour que les bergers en arrivent à un tel changement d’attitude et de comportement ? La force de Dieu a travaillé les cœurs des bergers. D’autre part, le secret des bergers réside dans leur humilité, leur simplicité de cœur et leur docilité. C’est grâce à ces vertus que leurs yeux ont pu s’ouvrir pour contempler les merveilles du Seigneur, pour percevoir la présence de Dieu et sa gloire dans l’humilité même de la mangeoire.

Chers frères et sœurs,

4. Aujourd’hui, nous nous souhaitons « Joyeux Noël ! », mais peut-on dire qu’il y a de la joie partout ? Comme je l’ai souvent noté à chaque Noël, nous vivons malheureusement dans un monde marqué par des violences ; ci et là, même dans notre pays, le sang continue à couler, des pillages, des viols, des destructions des infrastructures n’ont pas encore totalement cessé. La paupérisation des populations s’accélère, et un grand fossé se creuse jour après jour entre une petite minorité de gens qui, profitant de la confusion politique, s’enrichissent scandaleusement et la grande masse qui souffre de la faim et des maladies. On pourrait dire que la venue de Jésus dans le monde n’a rien changé extérieurement : on continue de rire et de pleurer, d’être malade ou en bonne santé, on se bat, on gagne, on perd, on meurt ; le même train-train de la vie continue de s’écouler comme il s’écoulait avant la naissance de Jésus. La venue de Jésus ne nous introduit pas aujourd’hui dans un autre monde que celui que nous connaissons. Nous continuerons à mener les mêmes combats, mais cette fois-ci illuminés par sa présence si nous acceptons de l’accueillir comme les bergers.

5. L’expérience des bergers nous invite à prendre conscience que tout en nous laissant toucher par l’atmosphère joyeuse de Noël, nous n’échappons pas aux détails de la vie quotidienne : incompréhensions, maladies, monotonie et répétitions fastidieuses de la vie. Nous ne célébrons pas Noël pour nous évader un instant de la peur, de la tristesse, de l’angoisse, de la faim, de la souffrances qui ponctuent nos journées. Nous ne sommes pas ici pour faire semblant qu’il n’y aurait pas autour de nous, et même un peu en nous-mêmes, quelque chose de mauvais. Mais pour qui accueille le message de l’ange, chaque événement reçoit un éclairage nouveau, la situation où il se trouve se transforme, la force intérieure avec laquelle il vit les événements n’est plus la même. Ainsi, malgré l’austérité de la vie, nous pouvons nous souhaiter mutuellement et sincèrement « Joyeux Noël ».

L’histoire de Dieu est discrète ; elle exige une attention pénétrante  et un climat de recueillement. En venant dans le monde, Jésus ne s’est pas agité ; il n’a pas fait de bruit, il n’a pas fait retentir sa voix. Il en va de même encore aujourd’hui : Jésus parle à voix basse, ses signes sont discrets. Comme les bergers, faisons un pas, allons voir, ayons le courage de croire, ouvrons notre cœur et écoutons l’enfant Jésus. La personne qui a la foi ne peut pas ne pas l’entendre, ne peut pas ne pas sentir que c’est lui qui la guide. Il faut accepter d’ouvrir les yeux, de faire attention à cet Enfant qui, dans le silence, sans faire de bruit, sans s’imposer, avec la simplicité des tout-petits, vient au milieu de nous nous apporter la splendeur du visage de Dieu. Accueilli d’un cœur aimant, Jésus change notre vie, il change notre histoire, tout est neuf, toute souffrance est pénétrée d’espérance et de joie ; tout travail est vécu comme servant à construire, tôt ou tard, la famille, la communauté, la société.

Chers frères et sœurs,

6. Comme de coutume, je voudrais vous rappeler le thème pastoral de cette année : « Makuku matatu, dans la collaboration, bâtissons au mieux notre Eglise » ; « Makuku matatu, na kinthuadi, betu tunga Dibundu ya betu » ; « Makuku matatu, mu kithuadi, tutunganu Dibundu dietu  ». Le message que nous retenons de ce Noël, message qui doit nous guider tout au long de l’année pastorale c’est l’humilité. L’humilité chrétienne jaillit de l’amour et éclaire la vie quotidienne ; elle aide à reconnaître la dignité humaine pour soi et pour les autres. Un cœur humble est capable de respect, de pardon, de réconciliation, de solidarité, de justice, de paix ; il sait lire les signes des temps et y déceler la présence de Dieu, même dans les faits les plus insignifiants, surtout dans les visages des pauvres, des malades, des nécessiteux, des marginalisés. La mise en œuvre du thème pastoral nous invite à cultiver l’humilité chrétienne. Un cœur orgueilleux et plein de soi-même peut difficilement composer avec les autres et construire la communion et l’unité. Tourné sur soi-même, il favorise l’injustice, les rivalités, les critiques négatives et l’égoïsme.

7. Comme vous le savez, une circonstance donne une signification particulière à la fête de Noël cette année : la préparation aux élections. Ici aussi, ayons un cœur humble, capable de reconnaître le message de Dieu. Ce ne sont pas toujours ceux et celles qui font le tapage, qui se font précéder par la fanfare, les trompettes et les lots des cadeaux qui nous aideront effectivement à changer ce pays. Soyons attentifs et vigilants, l’heure est grave, ne manquons pas le tir : celui ou celle qui aime son pays ne se reconnaît pas par sa capacité de dépassement pour s’élever au-dessus des autres, mais plutôt par la faculté qu’il a de s’abaisser, de servir par amour, de se faire petits avec les petits. Voilà la figure dont notre pays a besoin.

Chers frères et sœurs,

8. En vous invitant à ouvrir les portes de vos cœurs à l’enfant Jésus, j’offre à vous tous, frères et sœurs du diocèse et hommes et femmes de bonne volonté, en union avec les membres de notre clergé, mes souhaits de joyeux Noël 2004 et de Bonne Année 2005. Je n’oublie pas nos frères et sœurs en prison et aussi nos frères et sœurs malades, hospitalisés ainsi que toutes les victimes de souffrance, de violence, tous ceux et celles qui pleurent leurs morts ou ceux et celles qui se réjouissent pour une naissance : tous sont avec nous. Soyons de cette foule de personnes de bonne volonté qui vont à la crèche, qui reconnaissent que Jésus est au milieu de nous. Comme les bergers, regagnons nos maisons, nos communautés, nos quartiers, nos villages pour faire connaître ce qui a été dit au sujet de l’enfant Jésus; chantons la gloire et les louanges de Dieu pour ce que nous venons d’entendre et ce que nous sommes en train de vivre.

Sur chacun de vous j’implore les bénédictions divines : que l’Eternel vous accorde la santé de l’âme et du corps. Amen.

Donné en l’Eglise Cathédrale Notre Dame de l’Assomption,

Boma, le 24 décembre 2005,

Veillée de Noël.

Mbuka Cyprien, cicm

Évêque de Boma