Message de Noël 2005

« Le peuple qui marchait dans les ténèbres

a vu se lever une grande lumière » ( Is 9, 1 )

Chers frères et soeurs,

Joyeux Noël 2005 !

« Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière » ( Is 9, 1 ). Tel est le cri de joie qui sort de la bouche du prophète Isaïe dans la première lecture de la messe de la nuit de Noël. Le prophète insiste : « sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre une lumière a resplendi » (Is 9, 1). Cette prédiction d’Isaïe évoque un moment précis de l’histoire du peuple d’Israël qui, à bien des égards, ressemble à celui que nous sommes en train de vivre dans notre pays. Le peuple d’Israël, se trouvant alors dans une situation de grande désolation, sous l’oppression des puissances étrangères, marchait dans les ténèbres. La grande lumière qu’il vit est le salut opéré par Yahvé, en le libérant du joug de l’ennemi et lui apportant une grande abondance des biens.

Dans notre pays, l’année 2005 n’a pas manqué de connaître des moments de turbulence : agitations suite à la non organisation des élections en juin dernier ; persistance de la précarité du statut salarial des fonctionnaires, surtout des enseignants ; recrudescence du banditisme dans plusieurs centres urbains ; insécurité ; misère ; bref : un tableau plutôt sombre ! N’y-a-t-il pas à craindre qu’aux oreilles tendues à cause du bruit des armes et aux ventres affamés ces paroles du prophète Isaïe ne disent rien ? Et pourtant, la Parole de Dieu revient sur le même message. L’évangile de la messe de la nuit de Noël rapporte que lorsque l’ange s’approcha des bergers, la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière (cf. Lc 2, 9). Et saint Jean, dans l’évangile du jour de Noël, dit justement que Jésus, Fils de Dieu, était la vraie lumière, qui éclaire tout homme dans le monde (cf. Jn 1, 9).

Chers frères et sœurs, je voudrais, en la fête de Noël de cette année, méditer avec vous la Parole de Dieu en nous laissant guider par le message contenu dans le mot lumière, parole qui traverse tous les textes bibliques de cette solennité. De prime à bord, prenons conscience qu’à Noël ce ne sont plus les patriarches, les rois ou les prophètes, c’est le Fils de Dieu qui vient auprès de nous. Comme le dit la lettre aux Hébreux dans la seconde lecture de la messe du jour de Noël, « dans les derniers temps, dans ces jours où nous sommes, Dieu nous a parlé par ce Fils qu’il a établi héritier de toutes choses… » (He 1, 1). Oui, Dieu lui-même vient pour sauver son peuple ; il vient manifester sa grâce pour le salut de tous les hommes et nous apprendre à rejeter le péché et les passions d’ici-bas pour vivre dans le monde présent en hommes raisonnables, justes et religieux (cf. Tt 2, 11).

Déjà dans l’Ancien Testament, Dieu est considéré comme celui qui éclaire les pas de l’homme (cf. Pr 6, 23) ; Il est la lampe qui le guide et l’illumine (cf. Ps 18, 29), de telle sorte qu’il échappe au péril (cf. Ps 13, 4). Dès sa naissance, Jésus illumine le monde (cf. Lc 2, 11). Mais c’est surtout par ses actes et ses paroles qu’il se révélera comme lumière du monde. Il guérit les aveugles, Il éclaire ceux qui sont dans le doute, Il rassure les craintifs, Il suscite l’espérance, Il rassemble autour de lui, Il met dans la vérité. C’est ainsi qu’Il déclare lui-même : « Tant que je suis dans le monde, je suis la Lumière du monde » (Jn 9, 5) ; « qui me suit ne marche pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie » (Jn 8, 12).

Noël, c’est Dieu lui-même qui vient sortir son peuple de son sommeil et le revêtir pour le combat de la lumière (cf. Rm 13, 11-12). En accueillant l’enfant de la crèche, nous devenons des « fils de lumière » (Ep 5, 8) et si nous marchons en vrais fils de lumière, nous serons capables de rayonner parmi les hommes la lumière de Dieu dont nous sommes dépositaires et serons ainsi à notre tour lumière du monde (cf. Mt 5, 14).

Chers frères et sœurs, en cette solennité de Noël, comme pour les bergers, laissons l’ange s’approcher de nous pour que la gloire du Seigneur nous enveloppe de sa lumière. Ouvrons nos cœurs à l’enfant Jésus qui, par sa lumière, vient nous libérer de nos peurs, de l’obscurité, de l’ignorance, des égarements, de la tromperie, de l’hypocrisie pour nous donner la garantie de vivre dans la vérité, dans la joie et dans l’espérance. Ainsi libérés, nous serons capables de percevoir les « lueurs d’espoir » qui s’efforcent de percer sous « l’épaisseur de la misère » ; de nous laisser interpeller par ces mêmes « lueurs d’espoir » tant dans notre vie individuelle que collective ; et de mettre fin au « bricolage » en construisant sur le roc.

Marqués par la lumière de Noël, nous devrions être à même de reconnaître et d’être solidaires de ces hommes et ces femmes engagés dans des Associations diverses pour promouvoir le respect de la femme et de l’enfant, pour lutter pour la dignité humaine ; de ces hommes et ces femmes qui travaillent de façon quasi bénévole dans le sanitaire, l’enseignement et le développement ; de ces hommes et ces femmes qui risquent leur vie en disant à haute voix non aux injustices et à la guerre.

« Fils et filles de lumière », nous ne devrions pas ménager nos énergies pour aider nos frères et sœurs à connaître leurs droits et devoirs tant spirituels que moraux et civiques. Combien de nos frères et sœurs ont la possibilité d’accéder à la littérature d’ordre spirituel, pastoral, théologique, biblique, et aux textes qui régissent notre pays dans ses divers domaines ? Non seulement que plusieurs n’ont pas les moyens pour se procurer ces documents ou ne savent pas où les trouver, mais des milliers de nos concitoyens ne savent pas lire. « Etre fils et filles de lumière », témoins de l’enfant Jésus qui vient de naître, n’implique-t-il pas, pour nous qui savons lire et écrire, nous qui avons des moyens pour nous procurer de la littérature et des informations, l’exigence d’éclairer et d’aider nos frères et sœurs à accéder eux aussi aux informations qui leur permettent de vivre en hommes et femmes libres et responsables ? Prenons-nous vraiment le temps de nous informer correctement ? Sommes-nous suffisamment honnêtes pour éclairer vraiment nos frères et sœurs dans leur ignorance et hésitation ? Sommes-nous assez courageux pour marcher selon les exigences qu’impliquent les informations authentiques que nous récoltons ?

Notre nouvelle Constitution affirme bien que « nul ne peut être poursuivi, arrêté, détenu ou condamné qu’en vertu de la loi et dans les formes qu’elle prescrit » (art. 17), que « tout détenu doit bénéficier d’un traitement qui préserve sa vie, sa santé physique et mentale ainsi que sa dignité », que « nul ne peut être poursuivi, arrêté, détenu ou condamné pour fait d’autrui » (art. 17), que « l’accusation de sorcellerie est prohibée et punie par la loi » (art. 41), que « les pouvoirs publics ont l’obligation d’assurer une protection aux enfants en situation difficile et de déférer devant la justice les auteurs et les complices des actes de violence à l’égard des enfants » (art. 41), que « l’enseignement primaire est obligatoire et gratuit dans les établissements publics » (art. 43), que « la personne du troisième âge et la personne avec handicap ont droit à des mesures spécifiques de protection en rapport avec leurs besoins physiques, intellectuels et moraux » (art. 49). On ne peut pas être plus clair que cela. Mais comment allons-nous appliquer ces lois ? Le risque de basculer de la lumière aux ténèbres n’est pas illusoire.

Chers frères et sœurs, avec saint Paul, osons dire : c’est le moment, l’heure est venue de sortir de notre sommeil ; la nuit est bientôt finie ; le jour est proche ; rejetons les activités des ténèbres, revêtons-nous pour le combat de la lumière (cf. Rm 13, 11-12). Ne soyons plus naïfs et craintifs ; osons dire oui ou non pour la cause de l’unité, de la liberté, de la paix, de la prospérité et du bien commun. Efforçons-nous d’éveiller les consciences des uns des autres, de susciter en nous l’espérance, de nous affermir mutuellement dans nos doutes et d’être des voix des sans voix. Soyons comme le peuple d’Israël qui marchait dans les ténèbres, mais qui a vu se lever une grande lumière ; cette grande lumière, c’est le Fils de Dieu qui a accepté de s’abaisser jusqu’à nous pour ranimer notre espérance et susciter notre joie de vivre ; Il vient nous rendre visite là où nous sommes, et nous dire en chair et en os que Dieu nous aime.

Bien-aimés du Seigneur, le message de Noël vient nous encourager dans nos efforts de mettre en œuvre notre thème pastoral de l’année 2005-2006 : Makuku matatu matelimina nzungu, cette fois-ci, tous, dans la collaboration, bâtissons au mieux notre Eglise. « Makuku matatu matelimina nzungu, na mbala yayi, betu yonso, na kinthuadi, betu tunga na mbote yonso Dibundu ya betu ». Makuku matatu matelimina nzungu, lelo betu boso, mu kithuadi, tufielanu tunga Dibundu dietu ». Participons tous à la joie de nos frères et sœurs des 5 nouvelles paroisses ; accueillons avec bonheur les nouveaux fruits des efforts de production des textes liturgiques en langues locales ; mettons-nous désormais avec enthousiasme derrière notre Radio Télévision Diocésaine Nguizani. Que cette joie, ce bonheur, cet enthousiasme s’accompagnent de signes et de gestes concrets.

9. Comme je l’ai dit dans mon Message d’ouverture de l’année pastorale en diocèse, allons à l’école de nos ancêtres. Pour la survie du clan, pour aider le clan à résoudre ses problèmes, nos ancêtres avaient institué un système appelé « Mbongi », c’est-à-dire une caisse familiale. Le chef du clan était le responsable de ladite caisse. Sa maison symbolisait l’unité du clan. Chaque famille  membre du clan avait sa place dans la caisse. Et chacune devait apporter régulièrement sa quote-part pour permettre au chef de clan de résoudre les problèmes de chaque famille (naissance, initiation, mariage, divorce, décès, etc…).

Comme diocèse, nous formons un même clan, dont l’évêque est le responsable, les paroisses étant les différentes familles, et tous les fidèles les membres de ces familles, appelées à enrichir la caisse du clan. Oui, cher frère, chère sœur, j’ai besoin de toi : de ton âme, de ton intelligence, de tes mains, de tes yeux, de ton argent, de ton temps. Mettons-nous ensemble, dans la collaboration, pour bâtir au mieux notre Eglise et pour apporter notre contribution à nos Eglises sœurs à travers le monde. Dans une prochaine lettre pastorale, dans la perspective de la collecte des fonds au cours de l’année 2006, je reviendrai plus longuement sur cette contribution pour l’Eglise universelle.

Cette générosité vis-à-vis de notre diocèse et de l’Eglise universelle trouve son fondement dans l’eucharistie, lieu par excellence où s’exprime l’amour gratuit de Dieu pour nous et l’amour réciproque entre nous. A l’eucharistie, le Christ se donne à nous sous forme de nourriture et de boisson dans le pain rompu et dans la coupe partagée ; nous aussi nous devons nous donner à nos frères et sœurs sous des formes diverses. Nous venons à l’eucharistie pour rendre grâce à Dieu et partager avec nos frères et sœurs ce que nous vivons ; nous sortons de l’eucharistie pour aller annoncer au monde les richesses reçues de Dieu et susciter la joie, la paix, la fraternité, la solidarité, l’entraide et la générosité. L’eucharistie devient ainsi l’âme de notre vie, le stimulant dans nos engagements apostoliques, la nourriture sur le chemin de la mission.

Chers frères et soeurs, la Parole de Dieu résonne même dans les oreilles des sourds ; c’est elle précisément qui met fin à la surdité et à la cécité. Laissons donc cette parole pénétrer dans nos cœurs et les transformer pour qu’ils rejoignent la chorale céleste et chantent avec elle : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime » ( Lc 2, 14 ). C’est cette paix que je vous souhaite au fond du cœur. Et que l’année 2006 soit pour chacun de vous une année de paix, de joie, d’excellente santé, de réussite, de prospérité et de bonheur.

Donné en l’Eglise Cathédrale Notre Dame de l’Assomption,

Boma, le 24 décembre 2005, Veillée de Noël

Mbuka Cyprien, cicm

Évêque de Boma