Message de Noël 2006

« Oui ! un enfant nous est né, un fils nous a été donné » ( Is 9,5 )

Chers frères et soeurs,
Joyeux Noël 2006 !
Encore Noël ! Encore un Message à adresser aux fidèles ! Heureusement, la Parole de Dieu est tellement riche qu’elle ne manque pas de nous instruire autant que nous voulons. Elle est comme la clé pour pénétrer le mystère des événements que nous célébrons, la lumière pour y voir clair et la sagesse pour mieux discerner le message qu’il nous adresse.

Chers frères et sœurs,

2. L’année dernière, dans le Message de Noël, nous avons médité sur la Parole de Dieu en nous laissant guider par le message contenu dans le mot lumière. Nous avons souligné le fait que Noël c’est Dieu lui-même qui vient sortir son peuple de son sommeil et le revêtir pour le combat de la lumière (cf. Rm 13, 11-12). En accueillant l’enfant de la crèche, nous devenons des « fils de lumière » (Ep 5, 8) et si nous marchons en vrais fils et filles de lumière, nous sommes capables de rayonner parmi les hommes la lumière de Dieu dont nous sommes dépositaires et sommes ainsi à notre tour lumière du monde (cf. Mt 5, 14). Cette année, comme guide pour notre Message, je me propose de retenir de la parole de Dieu cette affirmation-ci : « …Oui ! un enfant nous est né, un fils nous a été donné… » ( Is 9, 5).

De nos jours, nous constatons une diversité d’attitudes face à une naissance. Il y a des naissances non désirées, voire même non voulues : elles ont très peu de chance de survivre ; elles finissent, tôt ou tard, par être écartées dans un processus allant de l’usage des contraceptifs à la pratique de l’avortement, de l’abandon du bébé, du rejet de l’enfant si ce n’est de l’homicide pur et simple. Par contre, il y a des naissances recherchées et planifiées ; quand elles ont lieu, elles sont accueillies avec joie. Par ailleurs, il arrive aussi qu’une naissance soit vivement souhaitée, mais n’arrive pas au moment souhaité ; quand elle survient, et de façon inattendue, la joie est immense. C’est le cas d’un couple qui, malgré son désir d’avoir une fille, ne reçoit que des garçons ; le jour où, d’une façon inattendue, Dieu lui accorde une fille, ce sera une joie immense ; cet enfant sera considéré comme une bénédiction de Dieu ; c’est ainsi que souvent on lui donne le nom de « Matondo », c’est-à-dire : « Merci ». Une telle naissance révèle la gratuité du don de Dieu.

Depuis des siècles, le peuple juif attendait la naissance d’un libérateur. Dieu n’a pas manqué de lui envoyer des Responsables pour le guider vers la terre promise. Ce n’était pas encore le Messie attendu, la naissance souhaitée. Et voilà que comme par surprise, Dieu lui envoie ce Sauveur attendu, Jésus, Fils de Marie. Nous comprenons dès lors combien immense est la joie devant cet événement et quelle richesse renferme son message. La joie est exprimée par l’évangéliste Luc à travers le chant de gloria qu’entonne la chorale céleste, relayé par les paroles de louange et d’admiration qui sortent de la bouche des bergers.
 

Bien aimés du Seigneur,

Noël, c’est Dieu qui donne et se donne gratuitement. Isaïe, dans la première lecture de la nuit de Noël nous dit clairement : « Oui ! un enfant nous est né, un fils nous a été donné » (Is 9, 5). Personne n’a planifié la naissance de Jésus ; personne ne l’a attendue au moment où elle a lieu et encore moins personne n’a mérité de recevoir cet enfant. Bien qu’attendue, la naissance de Jésus a surpris tout le monde. Initiative libre et personnelle de Dieu, la naissance de Jésus, sa venue dans le monde, est l’expression le plus remarquable de l’amour de Dieu pour l’humanité. L’épître à Tite, deuxième lecture de la messe de l’aurore de Noël, souligne combien Dieu a manifesté sa bonté et sa tendresse pour les hommes. Dans sa première lettre, saint Jean exprime la même conviction : « En ceci s’est manifesté l’amour de Dieu pour nous : Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde, afin que nous vivions par lui. En ceci consiste son amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés et qui a envoyé son Fils en victime de propitiation pour nos péchés… » ( 1 Jn 4, 9-10).

Ce Fils nous est donné. Ce n’est pas nous qui l’avons engendré. Non ! Il n’est pas notre fruit à nous, que nous aurions à former et à modeler selon notre goût. C’est ce Don de Dieu qui nous sauve. Recevons-le, tel qu’il se donne, comme Don de l’amour de Dieu qui nous conduit sur le chemin du salut. Pour notre salut, nous devons par conséquent avoir le regard fixé sur lui pour le voir, tel qu’il se donne ; nous devons prêter nos oreilles à sa Parole, telle qu’il nous la dit et mettre cette Parole en pratique. Le Don inestimable que Dieu nous a fait la nuit de Noël, le seul en qui et par qui nous sommes sauvés, ne servirait à rien, si nous nous forgeons d’autres sauveurs, nos idoles à nous que nous nous mettons à suivre : l’argent, le sexe, le pouvoir, les honneurs.

Noël, c’est aussi Dieu qui aime sans exclusion. C’est parmi les bergers, dans une mangeoire des bêtes, que le Fils de Dieu choisit de naître ; cela indique la proximité de Dieu et son attention aux humbles, aux pauvres, aux marginalisés de la société. Après la visite des bergers, c’est le tour des sages riches de l’Orient à se rendre auprès de l’enfant Jésus ; cela exprime le caractère universel et inclusif de l’amour de Dieu. Par le biais de l’âne et du bœuf, la création entière est associée à cette naissance.

Noël, c’est également Dieu qui nous renouvelle. Noël est l’une des rares fêtes qui porte en elle des aspects de la nature, du social et du religieux. Dans notre région, la nature, grâce à la saison des pluies, est souriante, verdoyante et fructifère. En dépit de la situation économique précaire, la fête de Noël mobilise toute la société tant dans sa dimension festive que dans sa dimension éthique : c’est le moment de penser à l’autre par une carte des vœux ou un cadeau, c’est le moment d’améliorer sa cuisine et sa garde robe, c’est le moment de rendre visite à un ami ou une connaissance. Les Eglises sont généralement remplies ; pratiquants et non pratiquants s’y donnent rendez-vous. Il faut le reconnaître : Noël est une fête universellement populaire, qui brise la routine de la vie quotidienne. Sur le plan spirituel, c’est une invitation au renouvellement individuel et collectif. Si Dieu nous a donné la vie sans compter et s’est donné à nous gratuitement, si Dieu nous a exprimé un amour universel et sans exclusion, si Dieu a daigné s’abaisser jusqu’à nous et partager les conditions de misère humaine, nous ne pouvons plus rester indifférents. La venue du nouveau né, avec le message qu’il apporte, est pour nous un appel à penser « neuf » et à souhaiter du neuf dans notre façon de vivre, pour nous et pour les autres.

Chers frères et sœurs,

8. En quoi consiste cette nouvelle façon de vivre ? Dans une société rongée par la misère, l’égoïsme, l’individualisme, l’exclusion, le réflexe de corruption, d’agression, de mensonge ; dans un milieu où la destruction de la vie tant spirituelle que morale et physique interpelle de moins en moins ; dans une Eglise où les valeurs de solidarité, de concertation, de collaboration et de sens du bien commun sont peu mises en pratique, la naissance du Christ suscite fondamentalement en nous l’espérance. La peur s’en va et la joie éclate ; c’est le temps de la sérénité et de la douceur. Rentrer dans la dimension chrétienne de Noël, c’est croire à l’amour de Dieu, c’est accueillir au fond de notre cœur l’amour que Dieu nous porte. Le Fils de Dieu naît à la porte de notre cœur, dans notre maison, notre quartier, notre village, notre famille, notre communauté, notre paroisse, notre diocèse, partout ; il nous manifeste son amour. Laissons cet amour nous émouvoir, nous chavirer le cœur, changer nos cœurs de pierre en cœurs de chair. Soyons prêts pour le combat de la justice, de la paix, de la réconciliation, du pardon, de l’engagement au travail, du respect mutuel, de l’amour du prochain aussi bien dans la société que dans l’Eglise. N’hésitons pas à dire non aux moyens qui volontairement éliminent les êtres humains, non aux avortements, non à l’exclusion, non à l’oisiveté, non à la haine et non à l’injustice.

9. Le processus électoral a révélé nos grandeurs mais aussi nos faiblesses. Que Noël 2006 nous aide à entrer dans la IIIe République en citoyens renouvelés. Dieu nous a donné gratuitement la vie, ce pays et toutes ses richesses, mettons-nous ensemble pour donner et nous donner gratuitement en vue de la reconstruction spirituelle, morale et matérielle de ce pays. Que tous les fils et filles de ce pays, ainsi que ceux et celles qui vivent avec eux s’engagent résolument sur le chemin de la paix, du pardon, de la justice, de la réconciliation et de l’assiduité au travail.

Avec la fête de Noël, Dieu s’incarne dans nos vie pour que naissent de nos mains et de nos espoirs une société plus juste, plus solidaire, une société pétrie de la bonté et de la tendresse même de Dieu. Comme viennent de le rappeler les évêques de la RDC, « sans les valeurs morales et spirituelles, ni nos ressources naturelles ni toute la technicité du monde ne peuvent rien apporter pour l’avènement d’un Congo nouveau…le changement des gouvernants ne peut à lui seul entraîner automatiquement le changement tant souhaité et attendu par notre peuple. Seule la conversion des cœurs et le changement des mentalités nous aideront à édifier une société juste et fraternelle.

Bien-aimés du Seigneur,

10. Le message de Noël vient nous encourager dans nos efforts de mettre en œuvre notre thème pastoral de l’année 2006-2007 : « Makuku matatu matelimina nzungu, tous prenons réellement notre Eglise en charge » ; « Makuku matatu matelimina nzungu, betu kukipesa betu yonso na kusadisa Dibundu ya betu na bukieleka na bamfunu na yandi yonso » ; « Makuku matatu matelimina nzungu, tukivananu betu boso mu sadisa mu bukiedika-kiedika Dibundu dietu mu minkinza miandi mioso. » Nous voudrions que la collecte des fonds au cours de cette nouvelle année pastorale traduise vraiment notre sens d’appartenir à une Eglise-Famille de Dieu par la générosité de tous, l’engagement effectif des divers animateurs, l’honnêteté et la transparence dans la transmission de la collecte. La générosité envers l’Eglise dans ses besoins est une reconnaissance de la royauté du Seigneur. La contribution apportée généreusement à l’Eglise est une part de produit de son travail que le fidèle réserve au Seigneur pour le remercier pour tant de bienfaits dont il le comble.

Chers frères et soeurs,
Encore une fois, laissons la Parole de Dieu pénétrer dans nos cœurs et les transformer pour qu’ils rejoignent la chorale céleste et chantent avec elle : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime » ( Lc 2, 14)C’est cette paix que je vous souhaite au fond du cœur. Et que l’année 2007 soit pour chacun de vous une année de paix, de joie, d’excellente santé, de réussite, de prospérité et de bonheur.

Donné en l’Eglise Cathédrale Notre Dame de l’Assomption,
Boma, le 24 décembre 2006, Veillée de Noël
Mbuka Cyprien, cicm
Évêque de Boma