Message de Noël 2009
« Oui ! un enfant nous est né, un fils nous a été donné » ( Is 9,5 )
Chers frères et sœurs,
Joyeux Noël 2009 !

Comme pour chaque année, je voudrais avec vous méditer sur la Parole de Dieu proposée par les divers textes des messes de Noël. L’année dernière j’ai longuement parlé du mystère de Noël comme révélation de la solidarité de Dieu avec l’humanité. En effet, affirme saint Jean, « le Verbe s’est fait chair et Il a habité parmi nous » (Jn, 1, 14).  Cette année je voudrais revenir sur un thème que je vous avais déjà proposé dans un des Messages de Noël, à savoir: Noël, c’est Dieu qui, par son Fils, nous fait don de la vie.« Oui !, dit le prophète Isaïe dans la première lecture de la messe de la nuit de Noël, un enfant nous est né, un fils nous a été donné… » (Is 9, 5). Cet enfant, précise Saint Jean dans son Evangile, nous a été donné « pour que tout homme qui croit en Lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle » (Jn 3, 16). 


Chers frères et sœurs
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  1. Depuis des siècles, le peuple juif attendait la naissance d’un libérateur. Dieu n’a pas manqué de lui envoyer des Responsables pour le guider vers la terre promise. Ce n’était pas encore le Messie attendu, la naissance souhaitée. Et voilà que comme par surprise, Dieu lui envoie ce Sauveur tant attendu, Jésus, Fils de Marie. Ini­tia­­tive libre et personnelle de Dieu, la naissance de Jésus, sa venue dans le monde, est l’expression de l’amour de Dieu pour l’humanité.
  2. Ainsi, Noël est une manifestation de la générosité gratuite de Dieu à l’humanité. A Noël, comme nous pouvons le constater dans notre région, même la nature révèle cette générosité : en effet, grâce à la saison des pluies, la nature est souriante, verdoyante et fructifère. Les trois lectures proclamées à la messe de la nuit de Noël nous parlent de cette générosité de Dieu. La première, du prophète Isaïe, exprime ainsi ce don gratuit de Dieu : « …Sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre, une lumière a resplendi… » (Is 9, 1-2). La deuxième lecture, de la lettre à Tite, nous dit par la bouche de l’apôtre Paul que « la grâce de Dieu s’est manifestée, source de salut pour tous les hommes » (Tt 2, 11). L’Évangile selon saint Luc proclame d’une façon claire le don de Dieu à l’humanité : « Ne craignez rien, dit l’ange aux bergers, voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple : il vous est né aujourd’hui dans la ville de David un sauver, qui est le Christ Seigneur » (Lc 2, 10-11). Dans la messe du jour, le prophète Isaïe annonce le même don de Dieu : «  Éclatez en cris de joie, ruines de Jérusalem, car le Seigneur a consolé son peuple, il rachète Jérusalem ! » (Is 52, 9). L’Evangile selon saint Jean nous parle de l’initiative d’amour de Dieu qui, en son Fils, entre en communication avec nous : il vient nous illuminer et nous sauver ; « ceux qui croient en son nom, il leur a donné le pouvoir devenir enfants de Dieu » (Jn 1, 12).

Chers frères et sœurs,

  1. Cette proximité amoureuse de Dieu suscite dans les cœurs de ceux qui se laissent habiter par l’Esprit Saint une attitude d’accueil et de reconnaissance doublée de joie ; c’est le cas de la Vierge Marie, de sa cousine Elisabeth, des anges, des bergers, des mages venus d’Orient, de Zacharie et de Siméon.

Chers frères et sœurs,

  1. Avant même sa naissance, Jésus est accueilli par Élisabeth et son fils Jean-Baptiste encore dans le sein maternel : « Or, lorsqu’Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant bondit dans son sein et Élisabeth fut remplie de l’Esprit Saint » (Lc 1, 41). A l’occasion de cette rencontre familiale, tout respire un climat d’accueil et de reconnaissance. Comme en écho aux paroles d’Elisabeth, Marie glorifie le Seigneur : « mon âme exalte le Seigneur, mon esprit exulte en Dieu, mon Sauveur » (Lc 1, 47). A la naissance du Fils de Dieu, le ciel s’ouvre et les anges expriment leur joie et leur reconnaissance par le chant de gloria. A leur tour, les bergers, quittant leurs troupeaux, se hâtent d’aller découvrir ce qui vient de leur être annoncé (cf. Lc 2, 20) ; ayant trouvé l’enfant, tout heureux, ils rentrent retrouver leurs troupeaux et annoncer aux voisins les merveilles de Dieu. Les trois mages venus d’Orient à la recherche du roi des Juifs qui venait de naître, l’ayant trouvé, ils s’agenouillent devant lui et lui offrent des présents en signe d’accueil et de reconnaissance (cf. Mt 2, 11). Plus tard, Zacharie accueillera l’enfant Jésus en ces termes : « Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël, qui visite et rachète son peuple » (Lc 1, 68). Enfin, le vieux Syméon, accueillant l’enfant Jésus au temple, exprime à Dieu sa reconnaissance en disant : «  maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples : lumière qui se révèle aux nations et donne gloire à ton peuple Israël » (Lc 2, 29-30).

Chers frères et sœurs,

  1. La question vaut la peine d’être posée : comment, à notre tour, accueillons-nous le don de la vie que le Seigneur nous fait par le mystère de Noël ? Selon la sagesse de nos ancêtres, un don appelle une attitude et des gestes de reconnaissance. Il est vrai qu’en dépit de la situation économique précaire, la fête de Noël mobilise toute la société: c’est le moment de penser à l’autre par une carte des vœux ou un cadeau, c’est le moment d’améliorer sa cuisine et de songer à de nouveaux vêtements, c’est le moment de rendre visite à un ami ou une connaissance.

Chers frères et sœurs,

  1. Il faut le reconnaître : Noël est une fête universellement populaire, qui brise la routine de la vie quotidienne. Mais, comme chrétiens, pouvons-nous nous arrêter là ? Non ! Le mystère de Noël nous invite à aller plus loin, à savoir rendre grâce à Dieu, à savoir respecter la vie que Dieu nous a donnée.

Chers frères et sœurs,  

  1. Rendre grâce à Dieu, c’est lui exprimer notre reconnaissance ; c’est accueillir son Fils ; c’est avoir le regard fixé sur lui pour le voir tel qu’il se donne à nous ; c’est prêter nos oreilles à sa Parole et la mettre en pratique ; c’est accorder une importante place à la prière dans notre vie ; c’est, sans honte ni gêne ni peur, avoir le courage de ne pas céder à la pression de l’argent facile et corrompu, à l’anarchie dans notre vie affective, au pouvoir qui exploite les autres, aux honneurs égoïstes.
  2. Respecter la vie que Dieu nous a donnée s’exprime aussi par le soin que nous portons à notre santé physique. A ce propos, permettez-moi d’évoquer quelques exemples.  Premier exemple, la pollution des eaux: plusieurs de nos cours d’eau sont devenus des poubelles dans lesquelles nous jetons n’importe quoi ; nous y faisons notre lessive et y nettoyons nos véhicules ; malgré cela, nous n’hésitons pas à nous y baigner, à y faire notre vaisselle et à y puiser l’eau pour boire. Conséquence: envahissement par des parasites qui engendrent des maladies. Par ailleurs, il arrive que le cours d’eau, en saison sèche, tarisse à cause de tout ce que l’on y jette. Aux grandes premières pluies, le risque de violentes inondations n’est pas illusoire. Deuxième exemple : les accidents de route. Il est triste de constater combien nos routes sont devenues le spectacle des deuils ; il est fréquent de trouver sur nos axes routiers des véhicules accidentés avec ou sans morts. Nous ne sommes pas toujours conscients du danger que nous courrons en étant conduits par un chauffeur ivre et fatigué; un chauffeur qui fait de la vitesse avec un véhicule sans frein ni phare, exposant ainsi nos vies à la mort. Troisième exemple: le tapage nocturne. Il est malheureux d’entendre de gens chanter, crier ou faire du bruit à côté d’un Centre de santé ou en pleine nuit dans un quartier habité. Pense-t-on aux malades, aux voisins qui doivent se reposer pour mieux travailler le lendemain ? aux enfants et jeunes qui doivent étudier et donc qui ont besoin de repos ?
  3. Malheureusement, devant les conséquences fâcheuses de toutes ces situations, nous nous tournons souvent vers la sorcellerie comme cause et bouc émissaire. Comment pouvons-nous nous permettre d’excuser les véritables coupables et incriminer les innocents ? Un tel comportement ne fait pas honneur à notre identité chrétienne ; il dénote un manque de respect à la vie reçue de Dieu, une offense envers Dieu et envers nous-mêmes ; il porte atteinte aussi bien à notre propre vie spirituelle qu’au développement de notre pays.

Bien-aimés du Seigneur,

  1. Au regard de ce comportement, la fête de Noël nous interpelle particulièrement. Les exemples de la Vierge Marie, de sa cousine Elisabeth, des anges, des bergers, des mages venus d’Orient, de Zacharie et de Syméon sont là pour nous instruire : savoir dire merci à celui qui te fais du bien et cela, entre autres, en respectant le bien reçu.
  2. Cette année, plusieurs diocèses de notre pays viennent de totaliser 50 ans depuis leur création comme diocèses; notre pays se prépare à célébrer ses 50 ans d’indépendance. Il est urgent que nous tous, « Makuku matatu matelimina nzungu » devenions de plus en plus des chrétiens adultes, convaincus et engagés, capables de rendre grâce à Dieu et de respecter le don de la vie qu’il nous a fait. Le Fils de Dieu naît à la porte de nos cœurs, dans nos maisons, nos quartiers, nos villages, nos familles, nos communautés, nos paroisses, nos diocèses, partout ; il nous manifeste son amour, laissons cet amour changer nos cœurs de pierre en cœurs de chair. Dans la ligne du Message du deuxième synode pour l’Afrique, soyons prêts pour le combat de la justice, de la paix, de la réconciliation et du pardon. N’oublions pas de combattre la corruption sous toutes ses formes. Seule la conversion des cœurs et le changement des mentalités nous aideront à promouvoir ces valeurs.

Chers frères et sœurs,

  1. C’est cette conversion des cœurs que je vous souhaite en cette nuit sainte de Noël. Que l’année 2010 soit pour chacun de vous une année de justice, de paix, de réconciliation et de pardon. Pour nous prêtres, particulièrement, que cette année du sacerdoce soit l’occasion d’une prise de conscience plus grande de notre fidélité au Christ, aux engagements sacerdotaux et au zèle pastoral.

 

Donné en l’Eglise Cathédrale Notre Dame de l’Assomption
Boma, le 24 décembre 2009,
Veillée de Noël,
Mbuka Cyprien, cic
Évêque de Boma