Message de Noël 2011

Is 9, 1-6 ; Is 62, 11-12 ; Is 52, 7-10 ;

Tt 2, 11-14 ; Tt 3, 4-7 ; He 1, 1-6

Lc 2,1-14 ; Lc 2, 15-20 ; Jn 1,1-18

 « Le peuple qui marchait dans les ténèbres

a vu se lever une grande lumière. »

 

Bien chers frères et sœurs, Joyeux Noël 2011 !

 

1.      Cette année nous célébrons la fête de Noël un mois après les élections présidentielle et législative. Il est normal que nous soyons marqués aussi bien par elles que par  l’avenir qu’elles projettent. Je commencerai par vous féliciter, car vous êtes allés aux urnes et vous étiez vigilants pour empêcher des dérapages massifs. Vous avez manifesté un réel souci de voir la situation sociale et les conditions de vie de notre pays s’améliorer grâce à des acteurs politiques plus proches de vous et vraiment épris du bien commun. Dans l’ensemble, en effet, aussi bien pendant les élections qu’après, nous n’avons pas relevé dans notre contrée d’actes importants de violence ou de vandalisme. Que le nom du Seigneur soit béni.

2.     Il nous faut cependant noter que lors de l’enrôlement en vue de ces élections, plusieurs voix s’étaient levées pour inviter la population avec insistance à se faire enrôler. De compatriotes s’étaient  même engagés personnellement à écarter certains obstacles matériels dans le processus d’enrôlement. Plus d’une fois, nous-mêmes avions rappelé que l’enrôlement était un devoir civique et chrétien. En effet, conformément à notre Constitution, c’est le nombre d’enrôlés dans une circonscription électorale qui détermine le nombre des sièges à pourvoir pour cette circonscription, de telle manière que peu d’enrôlés peu, faible représentation dans les lieux où se prennent les décisions sur notre vie.  Effectivement, nos circonscriptions électorales ont connu un réel déficit d’enrôlement : Boma n’a eu que deux sièges, Muanda deux, Lukula deux, Tshela deux et Tseke-Mbanza un. Même s’il est vrai que des aspects techniques et organisationnels ont joué un rôle dans ce déficit, il faut néanmoins reconnaître que les diverses actions incitant à l’enrôlement n’ont pas projeté assez de lumière pour éclairer  nos cœurs sur le bien fondé de l’enrôlement.   

3.     D’autre part, alors que nous avions assisté à un comportement tiède  dans l’enrôlement, nous avons été par contre surpris de constater tant de courage et d’ardeur dans la présentation des candidatures. Ici aussi, manifestement, il y a eu plus de ténèbres que de lumière. Il n’y a pas eu probablement suffisamment de discernement sur l’importance et les implications de la fonction d’un député national. Je suis tenté de croire que la politique chez nous se trouve encore dans une zone obscure et ténébreuse, et que pour beaucoup l’enrichissement facile continue d’être leur rêve.

Bien-aimés du Seigneur,

4.     La naissance du Seigneur apporte la lumière qui aide à  transformer nos cœurs de l’intérieur pour vivre nos relations humaines dans la perspective du sens du bien commun. Voilà pourquoi, bien qu’à Noël 2005 j’aie eu déjà à méditer avec vous sur le thème de « lumière », je voudrais encore y revenir cette année. Oui, nous avons besoin de la lumière du Seigneur. L’Ecriture sainte dit justement : la crainte de Dieu c’est le commencement de la sagesse (cf. Pr 1, 7).  

 Bien-aimés du Seigneur,

5.      La Parole de Dieu proclamée à Noël nous révèle que Dieu est la lumière qui éclaire nos vies. Dans la première lecture, de la messe de la nuit de Noël, le prophète Isaïe nous annonce que « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière » (Is 9, 1) ; il ajoute que: « sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre une lumière a resplendi » (Is 9, 1). L’évangile de la messe de la nuit de Noël rapporte que lorsque l’ange s’approcha des bergers, la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière (cf. Lc 2, 9). Saint Jean, dans l’évangile du jour de Noël, dit justement que Jésus, Fils de Dieu, était la vraie lumière, qui éclaire tout homme dans le monde (cf. Jn 1, 9). En saint Matthieu, c’est une étoile  qui accompagne et guide  les mages jusqu'à la crèche (cf. Mt 2, 9). Saint Luc présente Jésus comme le soleil levant qui vient illuminer ceux qui habitent les ténèbres et l’ombre de la mort, pour conduire leurs pas au chemin de la paix  (cf. Lc 1, 79). Manifestement, la fête de Noël est pour nous une occasion de nous laisser illuminer par l’astre d’en haut qui vient nous visiter, Jésus, le Fils de Dieu (cf Lc 1, 78).

Chers Frères et Sœurs,

6.     Cette Parole de Dieu nous aide à mieux saisir le sens de Noël pour chacun de nous. Nous savons tous que la lumière chasse les ténèbres ; la lumière rassure ; elle favorise la vérité et la liberté. Le manque de lumière par contre suscite la peur, la crainte, l’incertitude et le doute. C’est dans l’obscurité et les ténèbres que l’on vit facilement l’hypocrisie, le mensonge, la tromperie et l’anarchie. L’ignorance et la perte des repères dans sa vie sont dues principalement au manque d’éclairage. Il est en effet plus facile de se cacher, de se dissimiler, de tromper dans l’obscurité, la confusion et le trouble ; il est difficile de se livrer à un authentique discernement là où il y a de la brouille. En exploitant massivement le thème de la lumière Noël inculque les valeurs de : paix, joie, vérité, liberté, audace, courage, assurance, sincérité.

Bien chers frères et sœurs,

7.     Avec la fête de Noël, Dieu lui-même, d’une manière inattendue, vient à la rencontre des hommes et des femmes de toute l’Humanité ; il vient lui-même nous sauver (cf. Is 35, 4). Nous n’inventons pas ce Dieu selon nos rêves, selon nos désirs ou selon nos besoins. Il vient nous visiter gratuitement en devenant l’un des nôtres avec un visage humain. S’il vient nous visiter, c’est, comme dit saint Paul, pour nous sortir de notre sommeil et nous revêtir pour le combat de la lumière (cf. Rm 13, 11-12). Car il est « la lumière véritable qui éclaire tout homme » (Jn 1, 9) ; « qui le suit ne marche pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie » (Jn 8, 12) ; et  à tous ceux qui l’accueillent dans leur vie il donne de pouvoir devenir enfants de Dieu (cf. Jn 1, 12).

8.     La naissance du Fils de Dieu projette sur le monde une lumière, qui est, en fait, le principe qui permet de marcher correctement sur les chemins de la vie. Il consiste essentiellement en l’attention amoureuse à l’autre sans réserve. Cela se manifeste, par exemple, dans le cas de la Vierge Marie, de saint Joseph, d’Elisabeth, des bergers, des mages venus d’Orient, de Zacharie et de Siméon.

9.     C’est dans une étable que Marie et Joseph accueillent l’enfant Jésus ; ils ne se révoltent pas, ils obéissent à la volonté de Dieu qui vient sauver l’humanité ; ils acceptent ainsi une situation inconfortable pour le bien de tous. Avant même sa naissance, Jésus est accueilli par Élisabeth ; aucun sentiment de jalousie n’habite le cœur d’Elisabeth, au contraire, elle est toute joyeuse d’accueillir Marie sa cousine transmettant le même sentiment à son enfant, Jean-Baptiste, encore dans le sein maternel : « Or, lorsqu’Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant bondit dans son sein et Élisabeth fut remplie de l’Esprit Saint » (Lc 1, 41). A leur tour, les bergers, quittant leurs troupeaux, se hâtent d’aller découvrir ce qui vient de leur être annoncé (cf. Lc 2, 20) ; ayant trouvé l’enfant, tout heureux, ils rentrent retrouver leurs troupeaux et annoncer aux voisins les merveilles de Dieu. Les trois mages venus d’Orient, région païenne, abandonnent leurs palais pour se mettre à la recherche du roi des Juifs qui venait de naître ; l’ayant trouvé, ils s’agenouillent devant lui et lui offrent des présents en signe d’accueil et de reconnaissance (cf. Mt 2, 11). Zacharie accueille l’enfant Jésus en ces termes : « Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël, qui visite et rachète son peuple » (Lc 1, 68). Enfin, le vieux Syméon, accueillant l’enfant Jésus au temple, exprime à Dieu sa reconnaissance en disant : «  maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples : lumière qui se révèle aux nations et donne gloire à ton peuple Israël » (Lc 2, 29-30). Il apparaît clairement qu’avec la naissance du Fils de Dieu ceux qui se laissent envelopper par sa lumière développent un comportement guidé par l’amour de l’autre.

Bien-aimés du Seigneur,

10. A chaque Noël, le Fils de Dieu naît à la porte de notre cœur ; il nous illumine de sa lumière. Pour nous chrétiens donc, le souhait de « Joyeux Noël ! » n’est pas un simple cri de familiarité ou un simple espoir d’obtenir un cadeau, c‘est d’abord  une invitation à un engagement. A notre baptême, nous avons été plongés dans la vie du Christ mort et ressuscité et nous avons reçu le cierge, cette flamme allumée, témoin du Christ vivant, vivant aujourd’hui au cœur du monde, vivant par nous et avec nous. Nous sommes devenus « lumière du monde » (cf. Mt 5, 14). Le souhait de « Joyeux Noel » est donc un appel à devenir véritablement « fils de lumière » (Ep 5, 8) et à marcher en vrais fils de lumière, capables de rayonner parmi les hommes la lumière de Dieu (cf. Mt 5, 14). Marcher en vrais fils et filles de lumière c’est nous engager sur le chemin de la solidarité, du respect mutuel et du sens du bien commun ; c’est réveiller et éduquer notre conscience morale pour que toutes nos démarches contribuent à construire une société vraiment humaine, digne de Dieu, au bénéfice de tous et avec tous ; c’est promouvoir les valeurs de paix, joie, vérité, liberté, audace, courage, assurance, sincérité et combattre les antivaleurs, notamment : l’égoïsme, l’individualisme, l’exclusion, la corruption, l’agressivité.  

Chers frères et sœurs,

11. Prenons donc le temps nécessaire pour nous informer correctement, évitant ainsi de consommer les rumeurs et de réagir de façon épidermique. Efforçons-nous d’éveiller les consciences des uns et des autres au respect mutuel de telle sorte que nos réactions, en paroles comme en actes, soient commandées par le souci de promouvoir le bien commun. Travaillons à éclairer nos frères et sœurs dans leur ignorance et leur doute.  Engageons nos énergies pour nous entraider à mieux connaître nos  droits et devoirs tant spirituels que moraux et civiques. Ayons le courage et l’audace de marcher sur le chemin illuminé par le Fils de Dieu qui vient de naître.

12. C’est de cette manière que nous pourrons mettre en pratique notre thème pastoral de ces années qui nous invite à « bâtir au mieux nos Communautés Ecclésiales Vivantes de Base  et notre pays ».

Bien-aimés du Seigneur,

13.Que la gloire du Seigneur nous enveloppe de sa lumière (cf. Lc 2, 9) pour que nous puissions chanter dans nos familles, dans communautés et dans notre  diocèse avec le Chœur céleste : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’Il aime ! » (Luc 2,14). Amen.

 

Donné en l’Eglise Cathédrale Notre Dame de l’Assomption,

          Boma, 24 décembre 2011, Veillée de Noël

 

Mbuka Cyprien, cicm

Évêque de Boma