Ouverture de l’année pastorale 2005-2006

Clôture de l’année eucharistique

Is 2, 1-5

Rm 10, 9-18

Mt 28, 16-20

1 « Allez donc ! De toutes les nations faites des disciples » (Mt 28, 19). En ce dimanche de la Mission universelle, nous lançons officiellement, en diocèse, l’année pastorale 2005-2006 et en même temps nous clôturons l’année eucharistique. Comme d’habitude, en plus des fidèles de cette paroisse, nous sommes ici rassemblés avec tous les curés, administrateurs paroissiaux et administrateurs des quasi-paroisses ainsi que divers animateurs pastoraux, notamment aumôniers diocésains, représentants des MAC, membres de l’Equipe Diocésaine de Coordination pastorale, Supérieures et Supérieurs des Congrégations travaillant dans notre diocèse. C’est ici que tous ces agents pastoraux vont entendre la parole de Dieu et le message essentiel de cette année pastorale, pour qu’à leur tour ils le répercutent auprès des fidèles qui leur sont confiés. Les curés, les administrateurs paroissiaux et les administrateurs des quasi-paroisses sont invités à lancer officiellement l’ouverture de l’année pastorale dans leurs entités pastorales respectives le dimanche 27 novembre 2005, premier dimanche de l’Avent.

2. L’Evangile d’aujourd’hui nous situe au cœur du message des événements que nous célébrons. Jésus ressuscité envoie ses disciples dans toutes les nations pour les rassembler par le baptême dans une même famille, celle de Dieu : Père, Fils et Esprit. Dans cette nouvelle famille, les membres garderont les commandements du Seigneur et Celui-ci sera présent au milieu d’eux jusqu’à la fin des temps. Ainsi donc tous nous sommes concernés par la mission en tant que sujets et bénéficiaires. La mission consiste à rassembler tous les peuples dans l’amour et dans la paix à l’image de la sainte Trinité. Dans la première lecture, le prophète Isaïe nous décrit l’image de cette famille comme un rassemblement de tous les peuples en marche vers la cité de Dieu, cité où règnera la paix ; les épées seront transformées en socs de charrue pour labourer la terre, les lances en faucilles pour couper les mauvaises herbes ; on ne s’entraînera plus pour la guerre. Dans la seconde lecture, saint Paul, dans sa lettre aux Romains, affirme que Dieu est généreux envers tous ceux qui l’invoquent et qu’entre les Juifs et les païens il n’y a pas de différence : tous ont le même Seigneur.

Chers frères et sœurs,

3. Comme nous pouvons le noter, la Parole de Dieu de ce jour nous invite à contempler la sollicitude paternelle de Dieu : Dieu associe tous les peuples à la mission de son Fils, Il veut que tous les peuples soient rassemblés dans l’amour et dans l’unité et son Fils nous promet d’être toujours à nos côtés sur notre route. Il est clair : Dieu ne fait acception de personne ; tous les humains sont appelés à croire en Lui et à connaître la Bonne Nouvelle du salut. Nous sommes tous, chacun à sa manière, messagers de cette Bonne Nouvelle en nous-mêmes d’abord et chez les autres ensuite, et cela jusqu’aux extrémités de la terre. C’est marqués profondément par ce message que nous voulons repartir du Christ avec un nouvel élan pour une année pastorale nouvelle.

4. Depuis quatre ans, notre action pastorale est guidée par un programme fondamental inspiré par une symbolique culturelle locale, à savoir : « Makuku matatu matelimina nzungu ». Ce programme souligne le fait que nous voulons bâtir notre Eglise en mettant en évidence les valeurs de solidarité, de concertation, de coresponsabilité et de sens du bien commun. L’évaluation de l’année pastorale 2001-2002 avait relevé le fait que la prise de conscience de chaque dikuku (chaque catégorie de chrétiens) comme partie intégrante de l’Eglise nécessitait une plus grande connaissance de ce qu’est l’Eglise. Aussi avions-nous retenu pour l’année pastorale 2002-2003 comme thème : « Makuku matatu matelimina nzungu, efforçons-nous de connaître notre Eglise » ; « Makuku matatu matelimina nzungu, tuzabanu, tuvisanu, tuvisikisanu mbi bio di…Dibundu » ; « Makuku matatu matelimina nzungu, betufuana zaba, kuvisa, mpe kuvisikisa nini ke Dibundu ». Une pédagogie initiatrice basée sur la mobilisation, la conscientisation, la sensibilisation grâce à l’information et à la formation avait été proposée pour soutenir la mise en œuvre de ce thème. Vu les insuffisances dans la mise en œuvre de ce thème et pour répondre à l’invitation du Seigneur à: «  jeter le filet au large », nous avions décidé, pour l’année pastorale 2004-2005, d’insister davantage sur une seule des valeurs-clés de notre option pastorale fondamentale, à savoir la co-responsabilité ; ceci nous a amenés à formuler le thème pastoral en ces termes : « Makuku matatu matelimina nzungu, dans la collaboration, bâtissons au mieux notre Eglise » ; « Makuku matatu matelimina nzungu, na kinthuadi, betu tunga Dibundu ya betu » ; « Makuku matatu matelimina nzungu, mu kithuadi, tutunganu Dibundu dietu  ».

5. Comme au terme de chaque année pastorale, nous nous posons aujourd’hui la même question : qu’avons-nous fait ? Où en sommes-nous ? L’année pastorale n’a pas manqué de cueillir des fruits encourageants :

Des célébrations des jubilés de vie religieuse, de présence religieuse dans notre diocèse, d’existence de certains Mouvements d'Action Catholique ;

Des professions religieuses ;

Des ordinations diaconale et sacerdotale ;

Des nombreux baptêmes et confirmations ;

Des visites pastorales dans les paroisses ;

Des sessions d’ordre pastoral, des réunions et rencontres diverses sur des questions économiques, question de santé, question de Justice et paix, question de préparation aux élections ;

Des réalisations concrètes dans certaines paroisses et communautés, fruit de la concertation de Makuku matatu : constructions, équipements des paroisses ou communautés, à titre d’exemples : les constructions à Boma II autour de la paroisse, la grotte à Boma Christ-Roi, les travaux à la cathédrale et à la cure de la cathédrale, la clôture à Mam aya Luzingu, l’agrandissement de l’Eglise à Lovo, les travaux du bâtiment Makuku matatu à la paroisse de Lukula, la construction d’une salle paroissiale à Kuimba, les travaux de l’Eglise de Kisama déjà fini à être tôléé, la réfection de Nzo bi Ngimbula à Kangu, l’agrandissement de la polyclinique diocésaine de Secours, la construction du Bureau Diocésain des Oeuvres médicales, les travaux de la Radio-Télévision Diocésaine Nguizani, et toutes les autres réalisation dans les Instituts religieux et dans les différents MAC et Chorales.

 

D’autre part, il nous faut reconnaître nos insuffisances, nos infidélités à notre programme pastoral :

la structure du CPAE existe mais ne fonctionne pas comme il se doit : la gérance des ressources entre autres reste floue, les prêtres écoutent peu les laïcs, ils choisissent des collaborateurs parmi leurs amis, et les mandats ne sont pas respectés ;

la prise en charge financière et matérielle des paroisses et du diocèse par les fidèles reste encore très faible ;

manque de concertation dans la prise de décisions, d’où autoritarisme et centralisation ;

manque de manuels en langue locale  pour les célébrations liturgique ;

les femmes et les jeunes sont peu présents dans les structures de l’Eglise ;

les religieuses sont peu engagées dans la pastorale paroissiale ;

on continue à déplorer :

= une lenteur dans l’administration, notamment dans l’envoi des rapports économiques et pastoraux à qui de droit,

= un manque de programmation pastorale dans plusieurs paroisses,

= un manque de bon témoignage (mœurs) de la part de certains prêtres et religieux, ce qui décourage l’engagement ecclésial des fidèles et encourage malheureusement la prolifération des sectes farouchement opposées à l’Eglise catholique,

= un manque de sens de référence : certains Responsables ignorent ce que font les autres membres dans leurs makuku,

= l’absentéisme de certains prêtres,

= des célébrations liturgiques improvisées, voire même des eucharisties non préparées, d’où des longueurs inutiles.

Chers frères et sœurs,

6. Le Seigneur nous a promis d’être avec nous jusqu’à la fin des temps. Restons donc confiants : le Seigneur est avec nous malgré nos limites et nos insuffisances. Après avoir échangé et réfléchi avec l’Equipe Diocésaine de Coordination pastorale, les curés des paroisses, les administrateurs des paroisses et des quasi-paroisses, les Aumôniers diocésains, les Représentants des MAC et les Supérieurs et Supérieures des Instituts religieux oeuvrant dans notre diocèse, nous avons estimé qu’il fallait approfondir le même thème que l’année passée tout en mettant l’accent sur l’engagement de tous et l’impératif de conjuguer les efforts pour un objectif commun. Ainsi le thème de cette année se formule comme suit: Makuku matatu matelimina nzungu, cette fois-ci, tous, dans la collaboration, bâtissons au mieux notre Eglise. « Makuku matatu matelimina nzungu, na mbala yayi, betu yonso, na kinthuadi, betu tunga na mbote yonso Dibundu ya betu ». Makuku matatu matelimina nzungu, lelo betu boso, mu kithuadi, tufielanu tunga Dibundu dietu ».

Cet approfondissement portera sur trois projets concrets à réaliser au cours de l’année pastorale 2005-2006 : 1) la mise en route des 5 nouvelles paroisses : Pika-Pende (Muanda), Km 8 à Boma, Tsanga Kiyeba (Lukula), Mbata-Makongo (Kangu) et Sizi ki Nzobe (Kuimba) ; 2) le lancement de la Radio Télévision Diocésaine Nguizani ; et 3) la publication des textes liturgiques en Kiyombe et en Kikongo. Dans la réalisation de ces projets, notre collaboration devra prendre des formes concrètes, notamment dans la stratégie, dans l’organisation, dans les finances et dans la vie spirituelle.

7. Stratégiquement : les divers responsables pastoraux, particulièrement les curés des paroisses, les administrateurs des paroisses et des quasi-paroisses sont instamment invités à rappeler sans cesse le message du thème pastoral. Ils doivent profiter de toutes les occasions pour animer les fidèles dans la ligne du thème pastoral de l’année.

8. Du point de vue de l’organisation, nous avons revu l’organisation des Commissions : de 14 Comissions diocésaines, nous passons à 6 : Commission de l’Evangélisation ; Commission de l’Action Catholique des Jeunes et de l’éducation chrétienne ; Commission du Clergé ; Commission de la Formation Initiale ; Commission des Consacrés ; Commission Justice, paix et développement. Par là, nous voulons promouvoir des entités au sein desquelles la collaboration des membres est possible en vue d’une pastorale plus efficace et d’une organisation moins coûteuse.

9. Matériellement  : nous mettrons un accent spécial sur la récolte des fonds auprès des tous, expression concrète de notre collaboration. C’est ainsi que nous avons créé un Comité Diocésain de Récolte des fonds, instance du suivi de cette grande action pastorale ; il faut que nous prenions davantage conscience que l’autofinancement de notre Eglise dépend d’abord de nous-mêmes et de nous tous. Il est vrai que nous sommes devenus très pauvres, cependant il faut également reconnaître que si nous voulons quelque chose nous y arrivons souvent. Prenons l’exemple des chorales et des MAC de notre diocèse : leurs uniformes, leurs sorties pour Kinshasa, pour Matadi, ou à l’intérieur du diocèse demandent beaucoup d’argent. Pour cela, ils trouvent facilement de l’argent. En même temps que nous les félicitons, nous leur demandons de doubler leurs énergies pour la construction non seulement de leurs mouvements, mais de leurs paroisses et de leur diocèse.

Chers frères et sœurs,

Les travaux de la Radio et Télévision Diocésaine Nguizani demandent encore beaucoup d’argent ; la création des nouvelles paroisses va nous imposer des sacrifices financiers énormes ; la publication des textes liturgiques exigera des fonds. Je compte sur la collaboration de tous et d’un chacun. Oui, cher frère, chère sœur, j’ai besoin de toi : de ton âme, de ton intelligence, de ton corps, de tes mains, de tes yeux, de ton argent, de ton temps, de tes biens. Vous tous : l’Armée des Légionnaires, Nkangu Vuvu, Nkangu Ntima Yezu, les membres du Renouveau, les Joséphites, les membres de saint Vincent de Paul, les Kizito-Anuarites, les Acolytes, les Majorettes, les Protocoles, les Lecteurs, l’Armée des prêtres, celle des religieux et religieuses, les Auxiliaires de l’Apostolat, l’Armée de tous les fidèles : mettons-nous ensemble, dans la collaboration, bâtissons au mieux notre Eglise et plus particulièrement, soyons prêts à apporter notre contribution pour la promotion des projets diocésains de cette année pastorale.

Qu’allons-nous faire concrètement ? Allons à l’école de nos ancêtres. Bakulu bata nongo : « Muna mbongi muidi bivinga…vinga ». Pour la survie du dikanda (famille), pour aider le dikanda à résoudre ses problèmes, nos ancêtres avaient institué un système appelé « Mbongi ». Il y avait un responsable de « Mbongi », c’était le Pfumu dikanda. Et sa maison symbolisait l’unité de dikanda. Chaque « vumu » ou chaque « ngudi » composant le dikanda avait sa place dans le « Mbongi ». Chaque vumu devait apporter régulièrement sa quote-part pour permettre au chef de dikanda de résoudre les problèmes de chaque vumu (décès, mariage, initiation, divorce, etc…). La communauté Eglise est plus riche que la communauté ancestrale qui nous a laissé ce beau et riche exemple. L’évêque est le pfumu dikanda, les paroisses sont les différentes zingudi ou bivumu, et tous les chrétiens sont les membres de ces bivumu qui sont appelés à enrichir le mbongi en y déposant régulièrement leur quote-part. Le mbongi ici c’est la caisse diocésaine où va puiser l’évêque pour subvenir aux besoins du diocèse. Si chaque catholique du diocèse de Boma donnait à l’évêque 100 FC par mois pendant un an, si chaque MAC apportait sa contribution au « Mbongi » diocésain, l’évêque serait capable de résoudre beaucoup de problèmes. Je voudrais, dans ce contexte, vous signaler que j’ai besoin d’un groupe de chrétiens de bonne volonté qui souscrivent à donner un montant par mois ou par année au diocèse.

Chers frères et sœurs,

10. Le psalmiste nous dit : « Si le Seigneur ne bâtit la maison, ses bâtisseurs travaillent pour rien » (Ps 127, 1). Notre année pastorale doit profiter des grâces de l’année eucharistique pour développer davantage le culte eucharistique non seulement sur le plan quantitatif mais surtout qualitatif, ce faisant nos projets au cours de cette année pastorale seront exécutés sous le regard du Seigneur et conformément à sa volonté.

Il est vrai que comme diocèse nous n’avons pas beaucoup vécu l’année eucharistique tel quel le pape Jean-Paul II nous l’avait suggéré. Je voudrais qu’aujourd’hui, à la clôture, nous retenions quelques éléments fondamentaux qui nous aideront à mieux vivre le culte eucharistique dans notre diocèse, en vue de redynamiser notre générosité à l’image de Dieu, notre Père. En même temps que nous disons merci à Dieu, revivons ensemble les grands bienfaits accordés par Dieu et rappelons-nous les exigences que ce don gratuit de Dieu implique pour nous. Oui, à la messe : nous proclamons la mort du Seigneur, nous célébrons sa résurrection et nous attendons sa venue dans la gloire. A l’eucharistie, le Christ se donne à nous sous forme de nourriture et de boisson dans le pain rompu et dans la coupe ; nous aussi nous devons nous donner à nos frères et sœurs sous des formes diverses. Nous venons à l’eucharistie pour rendre grâce à Dieu et partager avec nos frères et sœurs ce que nous vivons ; nous sortons de l’eucharistie pour aller annoncer au monde les richesses reçues de Dieu et susciter auprès de nos frères et sœurs la joie, la paix, la fraternité, la solidarité, l’entraide. L’eucharistie devient ainsi l’âme de notre vie, le stimulant dans nos engagements apostoliques, la nourriture sur le chemin de la mission. C’est avec raison que le pape Jean-Paul II affirme dans son encyclique que « L’Eglise vit de l’Eucharistie ». Il est aussi vrai de dire que l’Eucharistie fat l’Eglise. Le concile Vatican II avait bien noté que : « l’eucharistie est source et sommet de toute la vie chrétienne » (LG n. 11).

Pour que l’eucharistie porte ces fruits en nous, il faut que nous la vivions dignement et conformément à sa nature propre comme célébration, adoration et contemplation. Célébrons-la avec toute l’exubérance africaine, adorons le corps du Christ avec toute la dignité due à Dieu et contemplons sa présence dans le silence de notre cœur et notre corps pour mieux faire pénétrer le message que Dieu nous adresse. L’eucharistie est une occasion de manifester notre joie par des cris et des danses, mais aussi un moment d’écoute du Seigneur dans le silence de la contemplation. C’est de cette manière que nous vivrons en profondeur les valeurs d’unité, de communion, de pardon, de réconciliation, de partage, d’attention aux démunis et de respect mutuel.

12. Pour que cette année eucharistique ne passe pas inaperçue, nous publierons dans les prochains mois des directives relatives à la célébration et au culte eucharistiques. D’ores et déjà nous insistons sur le fait que l’eucharistie est célébration, adoration et contemplation ; l’eucharistie est unité dans la pluralité, complémentarité dans la diversité ; l’eucharistie est solidarité avec les démunis, apostolat et mission. Ainsi, aucun aspect et aucun membre de l’Eglise ne peut monopoliser l’action eucharistique ni en être exclu.

13. C’est avec la force de l’eucharistie que nous devons nous préparer aux élections démocratiques. Je voudrais, encore une fois, vous inviter à être vigilants : nous avons besoin des personnes engagées, soucieuses de protéger nos vies et nos biens, des personnes préoccupées du bien des tous, surtout des faibles, des personnes capables de promouvoir la liberté, la paix, l’unité et prospérité pour tous.

14. Pour conclure, je voudrais vous rappeler les grands rendez-vous de l’année 2006 : jubilé d’or de l’ESEKA, célébration des 75 ans de la Congrégation des Sœurs Servantes de Marie de Boma et célébration du centenaire de la paroisse de Kizu. Puisse le Seigneur nous aider à nous y préparer dignement et solidairement, en compagnie de Marie, notre Mère. Amen.

Boma, Saint Charles Lwanga

le 23 octobre 2005

Mbuka Cyprien, cicm

Évêque de Boma