Dimanche du Christ Roi de l’Univers

Ouverture de l’année pastorale 2006-2007

Clôture de l’année Anuarite

Homélie

Dn 7, 13-14

Ap 1, 5-8

Jn 18, 33-37

(Jr 33, 14 ; 1 Th 3, 12-4,2 ; Lc 21, 25-28.34-36)

Il est digne, l’Agneau qui a été immolé, de recevoir puissance, divinité, sagesse, force et honneur. A lui, gloire et puissance dans les siècles des siècles (cf. Ap 5, 12 ; 1, 6).

Comme d’habitude, en plus des fidèles du lieu, la paroisse Bienheureuse Anuarite de Lovo a rassemblé tous les curés, administrateurs paroissiaux et administrateurs des quasi-paroisses ainsi que divers animateurs pastoraux, notamment aumôniers diocésains, représentants des MAC, membres de l’Equipe Diocésaine de Coordination pastorale, Supérieures et Supérieurs des Congrégations travaillant dans notre diocèse pour l’ouverture, en diocèse, de l’année pastorale 2006-2007 et la clôture en diocèse de l’année Anuarite. C’est là que tous ces agents pastoraux ont entendu le message essentiel de cette année pastorale, pour qu’à leur tour ils le répercutent auprès de leurs fidèles, lors de l’ouverture de l’année pastorale en paroisses en ce 3 décembre, premier dimanche de l’Avent.

Chers frères et sœurs,

2. En la fête du Christ Roi de l’Univers nous ne pouvons pas cacher notre étonnement : comment ce Jésus qui est né d’une fille de Nazareth, dans des conditions d’extrême pauvreté ; ce Jésus qui a passé sa vie dans la simplicité et l’humilité, qui n’avait même pas où reposer sa tête, qui a été accusé, jugé et mis à mort sur une croix, après être abandonné même par ses proches collaborateurs, ses disciples, peut-il être célébré Roi de l’Univers ? Cet étonnement est d’autant plus réaliste que le Nouveau Testament lui-même nous présente Jésus refusant de s’engager dans la politique de puissance que voulait pourtant ses disciples ; au contraire à plusieurs reprises, Jésus s’esquivait quand on voulait le faire roi.

3. A cette question, la sagesse humaine est impuissante à donner une réponse satisfaisante. Tournons-nous vers les Saintes Ecritures pour y puiser la sagesse qui vient d’auprès de Dieu. Lors de son procès devant les autorités religieuses de Jérusalem, Jésus s’identifie au Fils de l’homme que nous découvrons au livre du prophète Daniel, Fils de l’homme investi par Dieu d’une royauté éternelle et universelle. Dans l’évangile de saint Jean, à la question de Pilate : « Est-tu le roi des Juifs ? », Jésus répond : « Ma royauté ne vient pas de ce monde ; si ma royauté venait de ce monde, j’aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs. » En réalité, dans cette réponse, Jésus reconnaît qu’il est Roi, mais non pas à la manière du monde. C’est ainsi qu’il précise : « Je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Tout homme qui appartient à la vérité écoute ma voix. » Comme le souligne l’Apocalypse de saint Jean : Jésus-Christ est le témoin fidèle de Dieu, source de sa royauté.

Bien aimés du Seigneur,

4. Jésus-Christ est bel et bien Roi de l’Univers, mais alors d’une tout autre manière que les rois de ce monde. Pour le Christ, être Roi, c’est se mettre au service de Dieu et des hommes, en toute simplicité et humilité, dans une fidélité sans faille, en acceptant même le rejet, la persécution, la haine, les injures et la mort honteuse ; c’est aussi rassembler, dans une même communauté, tous ceux qui appartiennent à la vérité. Jésus a manifesté de façon visible cette royauté par son amour pour nous en nous délivrant de nos péchés par la mort sur la croix et en faisant de nous le royaume et les prêtres de Dieu son Père. Par là il a rendu témoignage à la vérité.

En célébrant Jésus-Christ, Roi de l’Univers, nous nous engageons à entendre sa voix et donc à faire partie de tous ceux qui appartiennent à la vérité. Appartenir à la vérité, c’est être témoin de la liberté, de la paix, de l’unité, de la communion et de la fraternité. Car la vérité rend libre. Nous voici ainsi appelés à nous mettre au service de Dieu et de nos frères et soeurs, en toute simplicité et humilité, dans une fidélité sans faille, même au prix de notre vie ; nous voici invités à devenir des rassembleurs de tout le monde, sans distinction, dans une même communauté des frères et sœurs.

5. C’est à la lumière de cette mission royale à la suite du Christ, Roi de l’Univers, que nous avons évalué notre thème pastoral de l’année qui s’achève et tracé les grandes lignes de la nouvelle année.

Depuis l’année pastorale 2001-2002, nous sommes animés de la volonté de voir s’affermir dans notre diocèse l’ecclésiologie illustrée par la symbolique culturelle kongo de Makuku matatu matelimina nzungu, en soulignant les valeurs de solidarité, de collaboration, de coresponsabilité et de sens du bien commun. Au cours de l’année pastorale 2005-2006, nous avons formulé notre thème pastoral en ces termes : « Makuku matatu matelimina nzungu, cette fois-ci, tous, dans la collaboration, (nous voulions) bâtir au mieux notre Eglise ». « Makuku matatu matelimina nzungu, na mbala yayi, betu yonso, na kinthuadi, betu tunga na mbote yonso Dibundu ya betu ». Makuku matatu matelimina nzungu, lelo betu boso, mu kithuadi, tufielanu tunga Dibundu dietu ».

Plusieurs objectifs avaient été définis pour la mise en œuvre de cette préoccupation pastorale : 1) créer 5 nouvelles paroisses : Pika-Pende (Muanda), Km 8 à Boma, Tsanga Kiyeba (Lukula), Mbata-Makongo (Kangu) et Sizi ki Nzobe (Kuimba) ; 2) lancer la Radio Télé Diocésaine Nguizani ; 3) publier des textes liturgiques en Kiyombe et en Kikongo ; 4) restructurer les Commissions diocésaines pour leur permettre d’être fonctionnelles et efficaces ; 5) nous préparer aux élections libres, transparentes et démocratiques ; 6) organiser une vaste campagne de collecte des fonds pour répondre à l’appel de l’Eglise universelle. Cette préoccupation pastorale, en ces divers objectifs, devait nous habiter tout au long de notre pèlerinage diocésain, en compagnie de la Bienheureuse Anuarite, en nous arrêtant à diverses stations : le jubilé d’or d’existence de la Congrégation des Sœurs servantes de Marie de Boma et la célébration des 100 ans d’existence de la paroisse saint Michel de Kizu ; enfin, ce pèlerinage devait nous conduire jusqu’au sanctuaire de la Bienheureuse Anuarite, à la paroisse de Lovo.

6. Comme à la fin de chaque année pastorale, diverses instances diocésaines se sont retrouvées à différents niveaux et en dernier lieu autour de l’évêque pour répondre à la question : qu’avons-nous fait au cours de l’année pastorale finissante ? Le plus important des résultats obtenus c’est l’esprit fraternel qui s’affirme de plus en plus par la volonté de promouvoir une plus grande solidarité, une coresponsabilité plus vraie et des critiques plus constructives. C’est certainement dû en grande partie aux diverses animations : sessions, retraites, récollections, réunions. Il reste néanmoins vrai que l’ « affaire-Eglise » n’est pas encore suffisamment assumée par tous. Certains responsables pastoraux montrent peu de dynamisme dans leur mission d’animer les fidèles pour une plus grande générosité. Nous trouvons encore malheureusement des Mouvements d’Action catholique fermés sur eux-mêmes. Le processus électoral a été et est encore pour beaucoup une occasion d’inciter à la haine, au manque de respect les uns des autres, aux suspicions, à l’exclusion et à des attitudes agressives. S’il est vrai que nous avons pu atteindre tant soit peu plusieurs objectifs matériels définis au départ et avons admiré une participation matérielle de quelques individus et groupes, il nous faut cependant noter, avec une certaine tristesse, que dans l’ensemble la contribution financière et matérielle aux divers besoins de l’Eglise a plutôt été faible. La collecte des fonds, dont une évaluation globale et définitive est en cours, en est un exemple : mettant à part la participation de nos frères et sœurs de Kinshasa et de l’Etranger, ainsi que celles de l’un et l’autre individus, les résultats de la collecte des fonds ne sont guère satisfaisants ; ils semblent même être en régression par rapport aux années précédentes. L’on comprend, dès lors, combien il est difficile, dans un environnement économique si fragile et précaire, de répondre correctement, et dans le délai souhaité, aux besoins pastoraux devenus de plus en plus importants.

Chers frères et sœurs,

7. A la suite de Jésus-Christ, Roi de l’Univers, où voulons-nous placer nos préoccupations pastorales au cours de cette année nouvelle ? Comment entendons-nous les mettre en oeuvre ? L’esprit fraternel qui s’affirme de plus en plus est un souffle tonifiant qui doit nous aider à continuer « à jeter le filet au large » sans nous lasser, malgré des moments d’insuccès. Le message du premier dimanche de l’Avent est encourageant. Si Jésus est inquiet du temps qui vient, il ne cède ni à la tristesse ni à la démission ; il nous fait une suggestion : « Restez éveillés et priez en tout temps ». Oui, prions, c’est-à-dire, soyons attentifs à ce qui se passe en nous et autour de nous pour y percevoir la présence et l’amour de Dieu, et nous confier à Lui.

Après avoir échangé avec plusieurs instances pastorales diocésaines nous avons pensé qu’il était nécessaire de continuer à approfondir le même thème pastoral de l’année passée tout en mettant l’accent sur la prise en charge de notre Eglise par nous-mêmes, comme une manière de rendre grâce à Dieu pour tant de biens dont il nous comble. Ainsi le thème de cette année se formule comme suit: « Makuku matatu matelimina nzungu, tous prenons réellement notre Eglise en charge » ; « Makuku matatu matelimina nzungu, betu kukipesa betu yonso na kusadisa Dibundu ya betu na bukieleka na bamfunu na yandi yonso » ; « Makuku matatu matelimina nzungu, tukivananu betu boso mu sadisa mu bukiedika-kiedika Dibundu dietu mu minkinza miandi mioso. » 

Nous voudrions donc que la collecte des fonds au cours de cette nouvelle année pastorale traduise vraiment notre sens d’appartenir à une Eglise-Famille de Dieu par la générosité de tous, l’engagement effectif des divers animateurs, l’honnêteté et la transparence dans la transmission de la collecte. La générosité envers l’Eglise dans ses besoins est une reconnaissance de la royauté du Seigneur. La contribution apportée généreusement à l’Eglise est une part de produit de son travail que le fidèle réserve au Seigneur pour le remercier pour tant de bienfaits dont il le comble. Il est le Roi de l’Univers, le Roi de nos vies, Celui qui est là et tout près de chacun d’entre nous en mourant pour nous. Transformés par la présence de l’Esprit en nous, nous sommes un peuple des rois. Comme le Christ, notre royauté se vit non pas à la manière du monde, mais selon l’esprit de Dieu. Rois, nous sommes d’abord des frères et sœurs vivant dans la simplicité, l’humilité, la paix, l’unité, étant au service les uns des autres.

Ensemble, demandons à Dieu de rencontrer Jésus qui est là, près de nous, qui est là en nous, qui vient vers nous et qui se livre dans un témoignage d’amour. Et «  que la grâce et la paix soient avec vous, de la part de ce Dieu, notre Père, et de Jésus-Christ le Seigneur » (cf. 1 Co 1, 3). Amen.

Lovo, Bienheureuse Anuarite

le 26 novembre 2006

Mbuka Cyprien, cicm

Évêque de Boma