Chers frères et sœurs,

Alléluia… ! Amen. Il est vivant… ! Il est ressuscité… !

Il est ressuscité …Il est présent parmi nous…

Qui ? Jésus. Où ? Dans nos cœurs.

1. Cette parole exclamative des chrétiens surtout dans les Mouvements d’Action Catholique résume bien le mystère que nous célébrons en ces fêtes pascales. Pâques, c’est Dieu qui nous donne la vie, c’est Dieu qui se révèle à nous comme source de vie. Celui qui ouvre son cœur pour accueillir l’Esprit de Dieu reçoit la vie de Dieu ; il passe des ténèbres à la lumière.

La Parole de Dieu qui nous est proposée pour les cérémonies de la veillée pascale et du jour de Pâques souligne clairement combien Dieu est source de vie. Le livre de la Genèse nous présente la création du monde : Dieu donne la vie à tous les êtres vivants; le livre de l’Exode nous relate la libération du peuple hébreu de l’esclavage à l’Egypte ; l’Epître aux Romains nous rappelle que par notre baptême nous sommes passés de la mort à la vie, des ténèbres à la lumière ; les Actes des Apôtres notent avec force la puissance de Dieu qui a ressuscité Jésus d’entre les morts ; les divers textes évangéliques apportent un même message : Celui que les Juifs ont crucifié et enterré il est ressuscité, il est vivant.

2. En célébrant les fêtes pascales, nous nous engageons à suivre le Christ sur la voie qui fait passer de la mort à la vie. Le baptême est une mort à la vie ancienne pour une vie nouvelle. Mais comment pouvons-nous dire en vérité que Jésus est ressuscité, qu’il est vivant parmi nous lorsque nous nous réfugions derrière les marabouts, les sorciers, les charlatans ? Plusieurs chrétiens en effet trahissent leur foi en Jésus-Christ à cause des difficultés de la vie : maladies, misère, échecs, etc.

Nous savons tous que parmi les problèmes qui tourmentent la population aujourd’hui, il y a celui de la santé. A la suite de la crise économique qui perdure dans notre pays, les soins médicaux sont hors de portée et la mortalité augmente sensiblement. Dans cette situation angoissante, beaucoup de personnes ne savent que faire. Elles deviennent la proie des sectes qui, à l’aide des radios et des chaînes de télévision, vendent l’illusion des guérisons et des solutions miraculeuses à tous les problèmes. Affaiblis par les épreuves et la souffrance, beaucoup d’adeptes accourent et sont prêts à tous les sacrifices dans l’espoir naïf d’une satisfaction hypothétique.

3. Plusieurs de nos villages se dépeuplent et finalement vieillissent ; les jeunes désertent les villages à cause de la sorcellerie. Il n’est pas rare de trouver des chrétiens qui s’adressent aux voyants pour connaître qui est à l’origine de la mort de leurs enfants. Ils n’hésiteront pas à admettre les propos du sorcier leur disant que leurs enfants sont mangés par telle ou telle personne ; ils n’hésiteront pas à engager un palabre contre ces personnes, voire même à les traduire en justice.

La sorcellerie est une pratique qui crée un climat de peur et d’angoisse. Que de fois n’avons-nous pas vu des femmes stériles subir des moqueries de toutes sortes, accusées de manger elles-mêmes leurs propres enfants ! Malheurs aux enfants chétifs : au lieu de bénéficier d’une attention particulière, ils sont au contraire rejetés de la famille, car considérés comme la cause des malheurs de la famille. Il y a deux ans, on nous a rapporté l’histoire d’un mineur de 11 ans, orphelin et vivant chez sa tante maternelle ; parce qu’il réussissait bien à l’école, il a été soupçonné d’être à la base des échecs scolaires des autres enfants de la famille et même d’avoir mangé ses propres parents ; il a fini par être frappé, torturé et incarcéré. En 1998, une vieille maman avait été tuée par un militaire à force d’être flagellée parce qu’accusée de sorcellerie. De nombreux enfants errent dans les rues, chassés par leurs propres parents pour avoir été soupçonnés de sorcellerie. Des nombreux parents torturent psychologiquement leurs enfants pour les amener à avouer qu’ils sont sorciers. Des vieilles personnes, handicapées, sans défense, sont traquées par des voisins, soit disant qu’elles sont à l’origine de tous les maux du quartier. Des pères de famille voient leur maison incendiée, par ce qu’accusés d’avoir mangé leurs enfants. On voit des chefs des villages et des groupements, des magistrats et des juges, des policiers et des militaires se permettre de faire torturer quelqu’un pour avoir été accusé de sorcier.

4. Chers frères et sœurs, on pourrait multiplier des exemples de méfait de la croyance en la sorcellerie. Celle-ci est un fléau et une peste non seulement dans nos villages, mais même dans nos cités et nos villes ; non seulement chez les non chrétiens, mais même parmi ceux qui crient que Jésus est vivant, qu’ Il est ressuscité, qu’Il est présent parmi nous. Il semble même que parmi les consacrés on en trouve qui recourent à des sectes promettant santé, prospérité et pouvoir.

Tout cela est en contradiction avec le message de Pâques qui nous annonce que Dieu nous a libérés de nos peurs et de nos angoisses. Jésus ressuscité nous dit : n’ayez pas peur, j’ai vaincu le monde. C’est la jalousie qui engendre les idées et les dires sur la sorcellerie. Ce sont des hommes et des femmes jaloux qui accusent les autres de sorcellerie pour les décourager voire même les réduire à néant ; ce sont les gens paresseux qui parlent de la sorcellerie car ils ne veulent pas travailler mais sont prêts à s’emparer des biens d’autrui sans sueur ; ce sont des ignorants et des hommes et femmes de peu de foi qui tombent facilement dans les pièges des croyances obscures, se laissant ainsi intimidés et escroqués par des menteurs profiteurs. Il devrait être évident pour nous tous : la croyance à la sorcellerie tue nos familles, nos maisons, nos villages, nos quartiers, nos cités, nos villes ; elle détruit les relations entre nous. L’un des plus grands freins au développement de nos pays c’est la croyance à la sorcellerie.

5. Le message de Pâques nous révèle que Dieu veut que nous ayons la vie en abondance. Par contre, la croyance à la sorcellerie la détruit. Ainsi, celui qui croit à la sorcellerie ne compose pas avec le Christ ; il est ennemi du Christ et destructeur de la vie chrétienne. Pâques, c’est la célébration d’une vie nouvelle marquée par des libérations de toutes sortes. La liturgie pascale est marquée par des signes qui nous invitent à célébrer la vie dans la joie et à la transmettre aux autres. La nuit de Pâques commence par la bénédiction du feu. Le feu symbolise l’Esprit qui donne la vie. Ce feu dont nous nous servons pour allumer le Cierge pascal est énergie qui nous transforme et nous dispose non seulement à écouter la Parole de Dieu, mais aussi à la répandre à travers toutes les nations avec un zèle dévorant. Le Cierge pascal est lumière. La lumière éclaire, chasse la nuit, rassure dans la peur et met dans la vérité. La lumière rassemble autour d’elle, elle est signe de fête et de joie, de respect et d’honneur. Le Cierge pascal symbolise le Christ qui illumine le monde, qui est « lumière pour éclairer les nations » ( Lc 2, 32 ). Enfin, à la veillée pascale, on bénit l’eau ; l’eau purifie, elle est source de vie, capable de transformer un désert en verger florissant ; l’eau bénie à la veillée pascale renvoie à l’eau de baptême qui est mort à nos péchés et vie nouvelle en Jésus-Christ.

6. En soulignant quatre idées-force : solidarité, concertation, coresponsabilité et sens du bien commun, le thème de l’année pastorale doit nous aider à combattre ensemble le phénomène de la sorcellerie. Ce thème est exprimé dans une image-force à résonance culturelle yombe : Makuku matatu matelimina nzungu. Nous savons tous ce que c’est le foyer « indigène » utilisé par les mamans pour la préparation de la nourriture. Il est généralement supporté par trois pieds ou piliers ( makuku ). Si l’un des trois pieds se détache, le foyer perd son équilibre et tombe inévitablement. Les Makuku matatu, les trois piliers du foyer diocésain sont : les laïcs, les membres de la vie consacrés et les clercs. C’est pour dire que c’est en nous mettant ensemble les trois piliers, makuku matatu, que nous pouvons combattre et finalement enrayer la croyance à la sorcellerie et ses méfaits.

Que les grâces des fêtes pascales nous disposent à bâtir entre nous des relations fraternelles et pleines de solidarité pour qu’entre nous règnent la justice, la paix, la vérité et le respect mutuel. En cette nuit bénie de Pâques, je vous souhaite tous d’heureuses et paisibles fêtes pascales et j’implore sur chacun et chacune de vous les bénédictions du Très-Haut.

Donné en l’Eglise cathédrale Notre Dame de l’Assomption,

Boma, le 30 mars 2002

Veillée pascale

Mbuka Cyprien, cicm

Evêque de Boma