Message de Pâques 2003

Chers frères et sœurs,

Alléluia ! Amen

Il est vivant…Il est ressuscité

Il est ressuscité…Il est présent parmi nous

Qui ? Jésus

Où ? Dans nos cœurs

1. « Exultez de joie, multitude des anges ; exultez, serviteurs de Dieu ; sonnez cette heure triomphale et la victoire d’un si grand roi. Sois heureuse aussi, notre terre, irradiée de tant de feux, car il t’a prise dans sa clarté et son règne a chassé la nuit ». Ce chant qui annonce la Pâque, célèbre la joie qui marque la création toute entière. Pâques, c’est la victoire de la vie sur la mort ; c’est la possibilité offerte à tous, à travers la foi, d’accéder à la communion avec Dieu ; c’est la victoire glorieuse d’un Dieu qui a partagé l’existence humaine jusqu’à mourir sur une croix (cf. Ph 2, 8) pour racheter l’humanité de l’esclavage du mal et la réintégrer dans sa dignité originelle de créature de Dieu.

Pâques, signe de l’action libératrice de Dieu

2. La Parole de Dieu qui accompagne les fêtes pascales met en évidence l’action libératrice de Dieu. Le mot Pâque vient de la langue des Juifs qui se dit «pesah», mot rendu dans la langue des Grecs par «paska». Chez les Juifs ce mot signifiait «passage», en référence au passage de Jahvé qui, la nuit où Il frappa les premiers-nés de l’Egypte, épargna les maisons des Israélites parce que le linteau et les montants de leurs portes étaient teints du sang de l’agneau (Ex 12, 13.23). C’est ce passage de Dieu qui fit sortir Israël de l’esclavage en Egypte à la liberté, c’est ce passage de la mort à la vie que les Juifs commémoraient annuellement, entre autres, dans la fête de Pâque.

Pour nous chrétiens, notre Pâque est marquée par la mort et la résurrection du Christ; c’est lui notre libérateur. Jésus est mort dans le contexte de la célébration de la Pâque juive. Le dernier repas de Jésus avec ses disciples évoque le repas pascal familial. C’est grâce à sa vie et à sa mort par amour pour son Père et pour nous que Jésus passe de la mort à la vie, et qu’en même temps il nous tire de l’esclavage à la liberté. C’est cela la résurrection, célébrée à Pâques. Ainsi, la résurrection du Christ ouvre aux hommes et aux femmes la plénitude de la vie en Dieu.

 

Pâques, c’est Jésus victorieux de toute forme d’esclavage

3. Dans mon message de Pâques de l’année passée j’ai souligné combien la résurrection du Christ est pour nous une libération de nos peurs et de nos angoisses, surtout celles suscitées par la croyance en la sorcellerie. En effet, la liturgie pascale est marquée par des signes qui nous invitent à célébrer la vie dans la joie et à la transmettre aux autres. Tout commence par la bénédiction du feu, symbole de l’Esprit qui donne la vie, l’énergie et le dynamisme. Ce feu dont nous nous servons pour allumer le Cierge pascal, nous transforme et nous dispose non seulement à écouter la Parole de Dieu, mais aussi à la répandre à travers toutes les nations. Le Cierge pascal est lumière ; la lumière éclaire ; elle est symbole de la vérité. La lumière rassemble autour d’elle et rassure. La lumière est signe de fête et de joie. Plus fondamentalement, le Cierge pascal symbolise le Christ qui illumine le monde, qui est « lumière pour éclairer les nations » (Lc 2, 32). L’eau bénie à la veillée pascale renvoie directement au baptême, qui est mort à nos péchés et vie nouvelle en Jésus-Christ. La mise en présence de Dieu s’ouvre par une invitation à la joie : « Exultez de joie, multitude des anges, exultez, serviteurs de Dieu… ».

Chers frères et sœurs,

4. Est-il encore besoin de vous dire combien la fête de Pâques nous invite à célébrer la joie de vivre ? Nous avons l’habitude de nous exclamer ainsi : Alléluia ! Amen ; Il est vivant…Il est ressuscité ; Il est ressuscité…Il est présent parmi nous ; Qui ? Jésus ; Où ? Dans nos cœurs. Celui qui prononce ces paroles avec conviction et qui croit que Jésus est réellement ressuscité ne peut plus se laisser intimider par les charlatans qui prétendent détecter des sorciers partout. Celui qui confesse que Jésus est vivant et qu’il est dans son cœur ne peut plus se fier à ces prédicateurs ambulants qui voient partout des mauvais esprits et provoquent ainsi des tensions et de la haine dans nos villages et dans nos quartiers.

5. L’année dernière j’ai fait remarquer que c’est la jalousie qui engendre les idées et les dires sur la sorcellerie ; ce sont des hommes et des femmes jaloux qui accusent les autres de sorcellerie pour les décourager ; ce sont les gens paresseux qui parlent de la sorcellerie car ils ne veulent pas travailler mais sont prêts à s’emparer des biens d’autrui sans sueur ; ce sont des ignorants et des hommes et femmes de peu de foi qui tombent facilement dans les pièges des croyances occultes, se laissant ainsi intimider et escroquer par des menteurs profiteurs. Enfin, nous avons noté que la croyance à la sorcellerie détruit nos familles, nos maisons, nos villages, nos quartiers, nos cités, nos villes ; elle empoisonne les relations entre nous ; elle est l’un des plus grands freins au développement de nos pays. Pâques, c’est la nuit qui arrache au monde corrompu, la nuit qui resplendit comme le jour, la nuit qui dissipe la haine et dispose à l’amitié.

Pâques, Jésus qui rend à la femme sa dignité humaine

6. Cette année, je voudrais parler d'une autre forme d’esclavage dont la résurrection du Christ vient nous libérer : la marginalisation de la femme dans notre société. Dans le cadre de la célébration du 50è anniversaire de la Déclaration Universelle des droits de l’homme, les diverses nations ont pris une série de mesures tendant à valoriser la situation sociale de la femme. Le mouvement féministe, très en vogue surtout dans les pays du nord, impose de plus en plus une révision du comportement de l’homme vis-à-vis de la femme. Dans notre pays, on note des signes positifs dans les efforts de la valorisation du statut social de la femme: dans le gouvernement comme à la tête des provinces les femmes sont systématiquement présentes. On pourrait aussi épingler d’autres secteurs où les femmes sont mises en honneur. Des Associations féminines se multiplient, visant à défendre le statut social de la femme. La scolarisation a produit malgré tout d’heureux effets sur le sort de la femme.

7. Cependant, nous devons malheureusement noter que dans notre société la situation de la femme reste encore marginale. S’il est vrai que le code de la famille de notre pays a fait quelques percées positives vis-à-vis du sort de la femme, il n’en demeure pas moins vrai que la pratique est loin de refléter l’esprit chrétien.

Pensons au sort de la veuve : à la mort de son mari, elle est parfois forcée d’épouser un frère ou un neveu de son défunt mari, quitte même à être exposée à la polygamie. Il n’est pas rare que la belle famille ravisse la clé de la maison, confisque tous les biens et abandonne la veuve à son triste sort. Ce ne sont pas seulement les hommes qui infligent une lourde croix à la veuve, les femmes elles-mêmes, principalement celles de la belle-famille, sont souvent les plus acharnées dans ce comportement quasi satanique. Nous connaissons bien les traitements dégradants et inhumains qu’elles administrent et font subir souvent à la veuve : elles l’enferment dans une maison où elles lui font subir des pratiques qui frisent la torture ; parfois elles la font courir bizarrement, la frappent, lui font faire des gestes humiliants ; elles la maintiennent dans des conditions de mauvaise hygiène et limitent sa liberté. Comme justification, on avance parfois l’idée selon laquelle la veuve doit être « blindée » pour qu’avec la disparition de son mari elle ne perde pas ses chances.

La situation de la veuve n’est qu’un exemple parmi d’autres dans la marginalisation de la femme. Combien d’époux aident leurs épouses dans les travaux de ménage quand bien même celles-ci sont très fatiguées pour avoir été toute la journée au champ ou au marché ? Au contraire, il arrive que c’est encore l’épouse fatiguée qui doit apprêter à son mari confortablement assis l’eau pour le bain du soir. Nous connaissons les humiliations que des femmes subissent de la part de leurs maris : coups de mains, coups de pieds, insultes, paroles désobligeantes en public, voire même en présence des enfants. Pire encore pour la femme stérile : elle est accusée de manger ses enfants et d’être la cause des malheurs au sein de la famille. Enfin, la polygamie, déclarée ou voilée, demeure la forme la plus grave de la discrimination dont la femme est victime.

Tenez bien : même des chrétiens et chrétiennes qui chantent Alléluia ! se livrent à ces pratiques diaboliques, invoquant, comme justification, la tradition léguée par les ancêtres. Certains vous disent : nous ne sommes pas les seuls à traiter la femme de la sorte. Ils évoquent même l’exemple d’Israël au temps de Jésus, où la femme n’avait pas d’existence civile, où elle devait se montrer le moins possible en public et, comme l’esclave et le mineur, elle ne pouvait être témoin devant le tribunal. Bien plus, au temple comme à la synagogue elle était mise à part ; pour les devoirs religieux on la comparait à l’esclave, car comme lui, elle ne disposait pas de son temps ; elle n’avait pas d’accès à l’enseignement de la loi.

Chers frères et sœurs,

8. Ce que nous venons de dire du sort de la femme aussi bien en Israël au temps de Jésus que chez nous encore aujourd’hui fait mal au cœur. C’est vraiment un comportement païen. Le message que nous adresse l’expérience pascale vient précisément renverser cette situation et donner à la femme sa dignité humaine. Ce sont des femmes, Marie de Magdala et deux autres femmes ( cf. Mc 16, 1 ; Lc 24, 1 ; Jn 20, 18 ) qui sont les premières à rencontrer Jésus ressuscité. Jésus n’a donc pas hésité à confier à des femmes peureuses et tremblantes le message de sa résurrection et d’en faire les premières messagères. Elles ont de fait témoigné, puisqu’on les a même prises pour folles ! Elles ont poussé Pierre et Jean à sortir de leur abattement. Jésus révèle ainsi une attitude absolument neuve, qu’on peut qualifier de révolutionnaire.

Cette révolution qui éclate dans l’expérience pascale se vérifie déjà du vivant même de Jésus. Son attitude vis-à-vis de la femme est libératrice. Jésus accueille les femmes comme les hommes, établissant pour elles une dignité absolument égale face au Royaume de Dieu. Cette attitude déconcerte même les disciples qui s’étonnent de trouver Jésus parler avec une femme ( cf. Jn 4, 27 ). Luc présente sans hésiter la suite féminine du prophète galiléen (cf. Lc 8, 1-3), et raconte seul l’épisode « révolutionnaire » de la rencontre avec la pécheresse pardonnée, qui, ayant inondé les pieds de Jésus de ses larmes, les essuie avec ses cheveux (cf. Lc 7, 36 s.). Dans l’évangile selon saint Jean, les femmes jouent un rôle de premier plan : elles représentent des figures très différentes, qui témoignent toutes d’une relation libre et libérante de Jésus avec la femme. C’est évident, Jésus montre que les discriminations sont annulées et il ouvre à tous, hommes et femmes, sans distinction, les portes de la nouvelle vie.

9. Le message de Pâques nous invite à faire chacun son propre examen de conscience. Quelle place réservons-nous aux femmes dans notre société ? dans nos communautés chrétiennes ? Quelle attitude adoptons-nous devant le sort des veuves lors du décès de leurs maris ou même par la suite ? Sommes-nous prêts à protester énergiquement contre les pratiques inhumaines et païennes leur infligées ? Sommes-nous prêts à accepter des épreuves en vue de défendre une cause juste en faveur de la promotion de la dignité de la femme et, dans la même ligne, à apporter du soutien aux Associations féminines qui luttent pour la libération du sort de la femme ?

10. Le chemin ne doit pas être guidé par l’esprit de revanche, ni motivé par l’exclusion des hommes. Nous avons à construire une société dans laquelle tous et toutes ont le droit de vivre avec dignité et dans le respect des différences. Et c’est ici que je rejoins le thème pastoral de notre diocèse, à savoir : Makuku matatu matelimina nzungu. Par là nous voulons promouvoir les valeurs de solidarité, de concertation, de coresponsabilité et de sens du bien commun. Chacun de nous : prêtre, frère, sœur, laïc, hommes et femmes, jeunes et adultes doit se sentir à l’aise au sein de la famille diocésaine, être respecté dans sa dignité humaine et chrétienne, et assumer ses responsabilités à son niveau et selon son état de vie. Nous devons ainsi renoncer à n’utiliser les femmes que pour balayer nos Eglises ou préparer la nourriture pour des réceptions où la majeure partie des invités sont des hommes. Dans la perspective de la complémentarité dans la diversité, les femmes doivent aussi être intégrées dans les rouages du fonctionnement paroissial et diocésain conformément à la législation de l’Eglise.

Chers frères et sœurs,

11. En confessant que Jésus est vivant, qu’il est présent parmi nous, qu’il est dans nos cœurs, nous cessons de connaître l’abattement des deux disciples d’Emmaüs déçus. Au contraire, nous faisons de notre vie un chemin de passages pleins d’espérance : nous passons de la routine au dynamisme, de la tristesse à la joie, de l’oppression à la liberté, du préjugé à la confiance, de l’angoisse à la tranquillité, de l’ironie à l’ouverture sincère, de la violence à la douceur, des ténèbres à la lumière.

12. En cette année du Saint Rosaire, confions-nous à Marie, Mère de Jésus et notre Mère. A travers la récitation du Rosaire, faisons route avec elle vers le tombeau du Christ, pour entendre avec elle ce message de joie : n’ayez pas peur... , vous cherchez Jésus de Nazareth, le Crucifié ? Il n’est pas ici, Il est ressuscité, Il est vivant . Marie nous apprendra à accueillir ce message et nous accompagnera dans nos efforts pour promouvoir la dignité de la femme dans la société et dans l’Eglise. Amen.

Donné en l’Eglise Cathédrale Notre Dame de l’Assomption,

Boma, le 20 avril 2003, Veillée pascale

Mbuka Cyprien, cicm,

évêque de Boma