« Dieu lui a conféré l’onction d’Esprit Saint et de puissance » (Ac 10,

Chers frères et sœurs,

1. Oui, chers frères et sœurs,comme le proclame Pierre dans les Actes des Apôtres, Jésus de Nazareth que les Juifs ont rejeté et condamné à mort, Dieu lui a conféré l’onction d’Esprit Saint et de puissance. Il l’a ressuscité le troisième jour (cfr Ac 10, 37-42). Et St Paul ajoute : Christ est assis à la droite de Dieu (Col 3, 1). En ressuscitant Jésus d’entre les morts et en le faisant asseoir à sa droite, Dieu lui-même a confirmé la promesse de vie éternelle que Jésus nous a faite : « Moi, je suis la résurrection. Qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais ». (Jn 11, 25-26). En paroles et en actes, Jésus a passé toute sa vie terrestre à redonner vie. Il semait cette vie qu’il puisait lui-même dans son intimité avec son Père. Tel qu’il apparaît en Jésus Christ, Dieu est un Père qui nous aime tendrement, qui prend soin de nous. Et à l’image de son Père, Jésus, non seulement compatit à nos tristesses, mais il nous rend la joie de vivre (cf Lc 7, 13). Il porte une attention constante aux pauvres, aux malheureux et aux marginalisé de la société (Lc 14, 12) restituant aux femmes et aux enfants la dignité qui leur était méconnue dans cette société-là (cf Lc 8, 2-3 ; 10, 38-42 ; 23, 27-31). Non seulement il fait passer de la mort du péché à la vie, en nous pardonnant nos péchés (cf Mc 2, 5), mais il invite aussi au pardon et à la réconciliation (cf Lc 15, 11-32). Au Testament que Jésus nous a légué appartient l’enseignement sur l’amour des ennemis et sur la patience. Ce comportement montre bien combien Jésus était libre et soucieux de nous libérer.

2. Je ne cesse de le répéter à chacun de mes messages de Pâques : la Parole de Dieu qui nous anime au temps pascal met en évidence l’action libératrice de Dieu. Le terme Pâques lui-même vient de la langue des Juifs pasah, mot rendu dans la langue des Grecs par Paskha. Chez les Juifs ce mot signifie passage, certes, en référence au passage de Jahvé qui, la nuit où Il frappa les premiers-nés de l’Egypte, épargna les maisons des Israélites signées avec le sang de l’agneau sur les montants des portes (Ex 12, 13.23). Mais ce passage n’était-il pas aussi l’annonce du passage du peuple d’Israël de la servitude en Egypte à la liberté ? Ce fut le passage de la mort à la vie que les Juifs commémorent annuellement en l’occurrence à la Pâque juive. Pour nous chrétiens, notre « Pâques-passage », nous la vivons dans la mort et la Résurrection du Christ, notre Libérateur. Jésus est passé de la mort à la vie, et nous avec lui, nous passons de la mort à la vie, de l’esclavage du péché à la liberté des enfants de Dieu. Pâques est réellement l’événement qui nous recrée.

3. Tout, dans la liturgie pascale, nous parle de cette vie débordante de joie à partager. D’abord la bénédiction du feu, symbole de l’Esprit qui donne vie, cet Esprit qui prodigue l’énergie et le dynamisme. Ce feu dont nous nous servons pour allumer le cierge pascal est avant tout le symbole de la chaleur avec laquelle la Parole de Dieu nous brûle au dedans (cfr Lc 24, 32) pour nous propulser ensuite sur les routes du monde allumer le feu de cette Parole. Le Cierge pascal, quant à lui, est lumière ; la lumière chasse l’obscurité et tous les dangers de la nuit. Par conséquent elle libère comme la vérité dont elle est le symbole. La nuit pascale, le peuple se rassemble autour de sa lumière. Celle-ci se propage alors de cierge en cierge pour éclairer toute la communauté qu’elle fait ainsi émerger de l’obscurité. Voilà pourquoi le Cierge pascal symbolise le Christ qui illumine le monde plongé dans les ténèbres. Jésus Christ est « lumière pour éclairer les nations » (Lc 2, 32). L’eau intervient aussi dans la Liturgie pascale. C’est l’élément qui purifie, étanche la soif, assainit tout son parcours, fertilise les terres arides et crée l’abondance partout où elle coule (cf Ez 47, 1-12). Bénie à la veillée pascale, en elle naîtront des hommes nouveaux par le sacrement de baptême qui est mort au péché et vie nouvelle en Jésus Christ.

4. Célébrer la fête de Pâques ne doit donc pas se limiter aux cris de joie : Alleluia…Amen…Il est ressuscité…Il est vivant…Il est parmi nous. Pâques n’est pas la fête du tapage. J’ai déjà eu l’occasion de souligner que la Résurrection du Christ nous libère de nos peurs, de nos angoisses, surtout de celles qui sont engendrées par la croyance en la sorcellerie. Je ne cesse de répéter aussi que la libération de Pâques qui ne fait acception de personne dénonce catégoriquement la marginalisation de la femme dans notre société.

5. Je voudrais, cette année-ci, lire avec vous le message de Pâques dans la perspective de notre pays en ce temps délicat de transition politique. La page d’évangile de Luc qui nous parle des disciples d’Emmaüs pourrait nous aider à faire une telle lecture. Ces deux disciples s’éloignent de Jérusalem, découragés, déçus : « Nous espérions, nous, que c’était lui qui allait délivrer Israël… » (Lc 24, 21). C’est sur cette route du désespoir qu’un voyageur inconnu les rejoint. Il leur pose des questions saugrenues, mais les deux disciples lui répondent quand même avec beaucoup de respect. Il leur explique les Ecritures, ils l’écoutent avec attention, le cœur ouvert . Lorsqu’il se décide de les quitter, ils sont remplis de sympathie à son égard ; très hospitaliers, ils l’invitent à passer la nuit avec eux. Et lorsque l’inconnu rompt le pain, cette fraction du pain leur découvre leur Maître. Notons les dispositions de cœur qui ont habité ces deux disciples : ils étaient tellement ouverts aux appels de l’Esprit que maintenant, dans le sens inverse et libérés de toute peur, ils marchent résolument et courageusement sur la route de l’espérance où leur Maître les ramène.

6. Chers frères et sœurs,  L’exemple des disciples d’Emmaüs doit nous marquer ; il nous faut ouvrir nos cœurs aux appels de l’Esprit, devenir libres pour le Christ. Ainsi, pour nous chrétiens, dans un pays qui cherche sa stabilité politique, proclamer que Christ est ressuscité, qu’il est vivant, qu’il est parmi nous, ce n’est pas scander un slogan, mais c’est nous engager dans un cheminement de confiance en Dieu, d’écoute de ce que le Seigneur nous dit pour savoir ce qu’Il attend de nous et nous mettre à l’œuvre courageusement, sans honte ni peur. Nous nous réjouissons de ce qui se fait dans notre pays, notamment la réunification du territoire national, le retour à la monnaie unique, un certain discours politique officiel qui invite à la réconciliation, une amorce de reprise de la coopération internationale. Néanmoins, comme chrétiens, nous ne pouvons pas continuer à crier sans plus Il est ressuscité … Il est vivant … Il est parmi nous … Il est dans nos cœurs, tout en nous comportant en spectateurs passifs des situations anti-évangéliques qui ruinent notre nation : un peuple qui n’est pris ni en charge ni au sérieux par ceux qui le gouvernent ; un fossé qui ne cesse de s’élargir et de s’approfondir entre les colossales fortunes des nantis et la misère des pauvres ; un peuple dépourvu de technocrates éprouvés et fiables, et donc gouverné avec un véritable amateurisme ; un peuple où la vie humaine semble être banalisée, facilement offerte à l’autel des criminels ; un peuple où ceux-là même qui le gouvernent offrent au sommet le spectacle désolant des conflits entre eux. Si Pâques est notre libération, cela signifie que nous qui crions Christ est ressuscité … Il est vivant … Il est parmi nous, nous devons devenir à notre tour des libérateurs. Libérer ce pays, c’est l’aider à avoir des dirigeants et des Institutions qui le respectent et le font respecter à l’intérieur comme à l’étranger. Comme l’ont déjà déclaré les Evêques de notre pays, on n’a pas le droit d’imposer à un peuple des dirigeants qui servent des intérêts étrangers, et aucun homme n’a le droit de s’imposer à un peuple par les armes pour servir des intérêts égoïstes.

7. Dans cette perspective, nous chrétiens avons un rôle déterminant à jouer en cette période de transition. Nous devons vivre notre citoyenneté à la lumière du message de Jésus Libérateur. Travaillons pour plus de justice, plus de solidarité et de prise au sérieux des problèmes de la population ; engageons-nous à combattre la corruption, le régionalisme et la confusion entre gouvernance et propagande politique. C’est déjà maintenant que nous devons prendre conscience de la délicate mission de faire des élections. C’est un acte qui engage le bonheur ou le malheur de notre nation pour des années. N’ayons pas peur d’exiger cette fois-ci des élections libres, démocratiques et transparentes, dans le respect des échéances prévues.

8. Soyons vigilants. Oui, on viendra solliciter notre vote ; mais alors demandons d’abord au candidat de nous dire ce qu’il fait concrètement pour la société, pour la nation, pour son peuple avant de nous dire ce qu’il entend faire une fois élu. N’acceptons plus des chèques en blanc, sans provisions. Les exemples du passé ont montré suffisamment qu’il y a rarement des politiciens qui réalisent les promesses faites lors de la campagne électorale. On nous apportera des casiers de bière, des tricots de toutes sortes, voire même de l’argent, on nous promettra qu’on viendra arranger nos routes, qu’on n’augmentera les salaires des fonctionnaires, qu’on s’occupera des malades et des pauvres. Ce discours, nous le connaissons : jugeons l’arbre par ses fruits d’hier et d’aujourd’hui, pas par ceux de demain.

9. Chers frères et sœurs, je voudrais rappeler ici les mots des évêques du Congo : pour l’amour du Congo, je ne me tairai point. Voilà le mot d’ordre qui nous est donné et qui doit nous accompagner tout au long de la transition. Vivons-le dans le contexte de notre année pastorale qui continue à souligner les Makuku matatu matelimina nzungu. En connaissant bien notre Eglise, nous nous rendrons compte qu’elle est une famille au sein de laquelle se vivent les valeurs de solidarité, de concertation, de coresponsabilité et du sens du bien commun. Soyons donc solidaires les uns des autres dans la construction d’un Congo prospère, uni et préoccupé du bien commun.

10. Exultez de joie, multitude des anges ; exultez, serviteurs de Dieu ; sonnez cette heure triomphale et la victoire d’un si grand roi. Sois heureuse aussi, notre terre, irradiée de tant de feux, car il t’a prise dans sa clarté et son règne a chassé la nuit ». Ce chant qui annonce la Pâque, célèbre la joie qui marque la création toute entière. Pâques, c’est la victoire de la vie sur la mort ; c’est la possibilité offerte à tous, à travers la foi, d’accéder à la communion avec Dieu ; c’est la victoire glorieuse d’un Dieu qui a partagé l’existence humaine jusqu’à mourir sur une croix (cf. Ph 2, 8) pour racheter l’humanité de l’esclavage du mal et la réintégrer dans sa dignité originelle de créature de Dieu. C’est par cette note de joie que je termine ce message. Je vous souhaite tous de célébrer les fêtes pascales dans la joie mais surtout avec un cœur libéré de toute peur et confiant dans le Seigneur qui peut tout. J’implore les bénédictions de l’Eternel sur chacun de vous. Amen.

 

Donné en l’Eglise Cathédrale Notre Dame de l’Assomption,

Boma, le 10 avril 2004, Veillée pascale

Mbuka Cyprien, cicm,

évêque de Boma