« …Il n’est pas ici…Il est ressuscité… » ( Mt 28, 6)

Chers frères et sœurs,

Alléluia… ! Amen. Il est vivant… ! Il est ressuscité… !

Il est ressuscité …Il est présent parmi nous…

Qui ? Jésus. Où ? Dans nos cœurs.

 

1. Ces paroles de joie résument bien le mystère que nous célébrons aux fêtes pascales. A Pâques, Dieu nous donne la vie et se révèle comme source de vie. Quiconque ouvre son cœur à l’Esprit reçoit la vie de Dieu ; il passe des ténèbres à la lumière ; il devient, à la suite de Jésus ressuscité, source de vie pour les autres. C’est le message de la Parole de Dieu en cette veillée pascale et en ce jour de Pâques. Le livre de la Genèse nous présente Dieu en train de créer le monde et tout ce qu’il renferme. Le livre de l’Exode nous relate la libération du peuple hébreu de l’esclavage en Egypte. L’Epitre aux Romains nous rappelle que par notre baptême nous sommes passés de la mort à la vie, des ténèbres à la lumière. Les Actes des Apôtres mettent en évidence la puissance de Dieu qui a ressuscité Jésus d’entre les morts. Les divers textes évangéliques apportent le même message : Celui que les Juifs ont crucifié et enterré est à jamais vivant, grâce à la puissance de Dieu.

2. En célébrant les fêtes pascales, nous nous engageons à suivre le Christ sur la voie qui fait passer de la mort à la vie. Le baptême est une mort à la vie ancienne pour une vie nouvelle, marquée par le don de soi aux autres, par le souci de voir les autres vivre pleinement. Mais comment pouvons-nous dire en vérité que Jésus est ressuscité, qu’il est vivant parmi nous, lorsque nous adoptons un comportement qui favorise la destruction et la mort ?

3. Il y a trois ans, dans mon Message de Pâques, j’avais longuement parlé de la sorcellerie comme l’un des problèmes qui tourmentent nos populations aujourd’hui. J’avais relevé le fait qu’à la suite de la crise économique qui perdure dans notre pays, les soins médicaux sont hors de portée pour une grande partie de la population et la mortalité augmente sensiblement. Dans cette situation angoissante, beaucoup de personnes, ne sachant que faire, se livrent à la sorcellerie, d’autres deviennent la proie des sectes qui, à l’aide des radios et des chaînes de télévision, vendent l’illusion des guérisons et des solutions miraculeuses à tous les problèmes. Affaiblis par les épreuves et la souffrance, plusieurs sont prêts à tous les sacrifices dans l’espoir naïf d’une satisfaction hypothétique.

4. Cette année, je voudrais m’arrêter sur un autre problème qui enfonce notre pays dans la misère et la pauvreté : le manque de respect de la vie. Il n’y a guère longtemps, j’ai été très triste de voir dans un journal des images horribles étalant des massacres qui continuent à se faire dans notre pays, notamment dans l’Uturi. Des cas d’avortements deviennent de plus en plus fréquents chez nous ; des enfants abandonnés dès la naissance, des enfants et des vieilles personnes rejetés par la famille sont devenus nombreux. Alors qu’autrefois dans notre tradition la vie était une réalité sacrée, maintenant elle devient au contraire une donnée négligeable. Des situations d’attaques armées sont souvent enregistrées sur la route Matadi-Kinshasa. Plus proche de nous, dans la nuit du 19 au 20 février de cette année, en plein centre de Tshéla, des hommes en armes s’attaquent à un véhicule qui passe tranquillement ; menacés, les passagers de ce véhicule crient au secours ; ces inciviques armés tirent sur un pneu avant de s’enfuir. La nuit du samedi 5 au 6 mars, sur la route de Tshéla, un peu avant Mangala, des bandits se dressent sur la route et font culbuter un passant en moto ; ils lui réclament de l’argent ; n’ayant pu trouver en lui ce qu’ils voulaient, ils le rossent des coups ; c’est grâce aux phares d’un véhicule aux approches du lieu que notre frère aura la vie sauve. En outre, combien de fois des femmes ici à Boma ne se plaignent-elles pas d’être menacées d’attaque, voire même d’être purement et simplement agressées ? Nous avons l’impression que plus il y a des agents destinés à notre protection, moins il y a de la sécurité et de la paix.

Chers frères et sœurs,

5. Nous pourrions multiplier des exemples analogues. Malheureusement ces femmes, ces parents et ces familles qui abandonnent leurs enfants ou les vieilles personnes, ces gens qui provoquent des embuscades sur nos routes en vue de nous piller, ces gens qui tuent sont des Congolais, donc nos concitoyens, ce sont parfois des chrétiens, donc nos frères en Christ ; qui sait ? ils sont peut-être dans cette Eglise ; sans doute répondent-ils aussi : AmenIl est ressuscité…Il est présent parmi nous…Il est dans nos cœurs.

6. C’est malheureux : tout cela est en contradiction avec le message de Pâques qui nous annonce un Dieu qui nous libère de nos peurs et de nos angoisses, un Dieu qui se donne à nous pour que nous ayons la vie en abondance. Jésus ressuscité nous dit : n’ayez pas peur, j’ai vaincu le monde. C’est le manque de conscience d’être tous fils et filles de Dieu, créés à son image, qui engendre le non respect de la vie des autres. Toutes ces attaques armées relèvent de la provocation orchestrée par des ennemis de la nation, par ceux qui ne veulent pas notre développement, par ceux qui ne veulent pas nous voir bien vivre. La Suisse, dit-on, est un pays sans armée, c’est pourquoi elle est riche et très démocratique. Faisons de nos armes des machettes pour travailler dans nos plantations ; faisons de nos armes des houes et des pioches pour arranger nos routes. Le prophète Isaïe nous dit justement : de leurs épées, les disciples du Seigneur forgeront des socs de charrue, et de leurs lances, des faucilles ; on ne lèvera plus l’épée nation contre nation, on ne s’entraînera plus pour la guerre (cf. Is 2, 4). Que celui qui veut le terrorisme aille là où on aime le terrorisme. Tous ceux qui prennent le glaive, dit le Seigneur, périront par le glaive. (Cf. Mt 26, 52). Disons-le tout haut : nous ne voulons pas la guerre ; nous voulons travailler ; nous voulons nous promener et vaquer paisiblement à nos affaires ; nous sommes des citoyens libres, nous voulons vivre librement. A Pâques, Dieu confirme qu’« Il n’est pas un Dieu de morts, Mais des vivants » (Mt 22, 32) et qu’il nous a toujours proposé de choisir la vie (cf. Dt 30, 19).

7. La liturgie pascale est marquée par des signes qui nous invitent à célébrer la vie dans la joie et à la transmettre aux autres. La nuit de Pâques commence par la bénédiction du feu, symbole de l’Esprit qui donne la vie. Ce feu dont nous nous servons pour allumer le Cierge pascal est énergie qui nous transforme et nous dispose non seulement à écouter la Parole de Dieu, mais aussi à la répandre à travers toutes les nations avec un zèle dévorant. Le Cierge pascal est lumière. La lumière éclaire, chasse la nuit, rassure dans la peur et met dans la vérité. La lumière rassemble autour d’elle, elle est signe de fête et de joie, de respect et d’honneur. Le Cierge pascal symbolise le Christ qui illumine le monde, qui est « lumière pour éclairer les nations » ( Lc 2, 32 ). Enfin, à la veillée pascale, on bénit l’eau ; l’eau purifie, elle est source de vie, capable de transformer un désert en verger florissant ; l’eau bénie à la veillée pascale renvoie à l’eau de baptême qui est mort à nos péchés et vie nouvelle en Jésus-Christ.

Chers frères et sœurs en Christ,

8. Que faisons-nous de notre appartenance à un même monde, à un même pays, à une même Eglise ? Que reste-t-il encore de notre baptême ? Comme à Caïn qui a tué son frère, Dieu nous demande : qu’as-tu fait de ton frère ? (cf. Gn 4, 10). Le feu de la veillée pascale est symbole de l’Esprit qui donne la vie. Nous sommes donc invités à éloigner de nous tout ce qui nous mène à la mort et à la destruction, notamment : la haine, la discorde, la jalousie, la médisance, la calomnie, le faux témoignage et la fausse accusation, les rivalités (cf. Ga 5, 19-21). Le Cierge pascal nous aide à sortir des ténèbres pour entrer dans la lumière. Cette lumière est une force qui nous pousse non seulement à savoir donner, mais aussi à savoir se donner soi-même pour le bien des autres. Saint Paul nous dit que le fruit de la lumière s’appelle : bonté, justice, vérité (cf. Ep 5, 9).

En soulignant la valeur de la collaboration dans la construction de notre Eglise, le thème de cette année pastorale nous rappelle la nécessité de la solidarité : solidarité avec les pauvres, solidarité avec nos frères et sœurs autour de nous, solidarité avec les hommes et femmes du monde entier, solidarité pour faire de notre pays un Etat de droit, une démocratie qui promeut la justice, la paix, la sécurité, le respect de la dignité des personnes et de leurs biens.

9. En ce temps de préparation aux élections, au choix des personnes appelées à gouverner notre pays, soyons attentifs et vigilants car l’heure est grave. Je ne cesse de le répéter : celui ou celle qui aime son pays ne se reconnaît pas par sa capacité de dépassement pour s’élever au-dessus des autres, mais plutôt par la faculté qu’il a de s’abaisser, de servir par amour, de se faire petits avec les petits. Celui qui n’est pas capable de gérer son foyer, son entourage, ses collaborateurs de service ; celui qui ne se préoccupe que de lui-même, de sa famille ; celui qui ne sait pas défendre les faibles et protester contre les injustices ; celui qui se laisse facilement corrompre ne sera jamais capable de diriger ce pays : ne le votez pas. Ce pays a besoin d’hommes et de femmes forts, amoureux de leur nation, capables de sacrifices et de sens du bien commun.

Chers frères et sœurs,

10. Que les grâces des fêtes pascales nous disposent à bâtir des relations fraternelles et pleines de solidarité : qu’entre nous règnent la justice, la paix, la vérité et le respect mutuel. Mettons-nous ensemble pour dénoncer et mettre hors d’état de nuire tous ces inciviques qui nous terrorisent et qui sèment l’insécurité dans nos milieux ; dénonçons ces femmes qui abandonnent leurs nouveaux-nés, ces familles qui rejettent leurs enfants ou leurs membres de famille affaiblis par l’âge. Nous chrétiens, faisons triompher la vie en la protégeant sous toutes ces formes, en rendant le bien pour le mal, en pardonnant à ceux qui nous offensent et en priant pour ceux qui nous persécutent (cf. Mt 5, 38-48).

En cette nuit bénie de la Résurrection du Seigneur, je vous souhaite tous d’heureuses et saintes fêtes pascales et j’implore sur chacun et chacune de vous les bénédictions du Très-Haut.

Donné en l’Eglise cathédrale Notre Dame de l’Assomption,

Boma, le 26 mars 2005, Veillée pascale

Mbuka Cyprien, cicm

Evêque de Boma