Message de Pâques 2007

« Jésus de Nazareth, Dieu l’a consacré par l’Esprit Saint

et rempli de sa force » (Ac 10, 38)

Chers frères et sœurs,

« Vous savez ce qui s’est passé à travers tout le pays des Juifs, depuis les débuts en Galilée, après le baptême proclamé par Jean : Jésus de Nazareth, Dieu l’a consacré par l’Esprit Saint et rempli de sa force » (Ac 10, 37-38). Ce passage des Actes des Apôtres est de la première lecture de la messe du jour de Pâques. Ce sont des paroles de l’apôtre Pierre, celui-là même qui avait renié le Christ par trois fois devant une servante. Que s’est-il passé depuis la mort du Christ pour que Pierre, peureux devant une pauvre servante, en arrive à avoir une conviction si ferme sur Jésus et cela sans peur ni honte ? Voilà l’un des fruits de la résurrection du Seigneur.

Bien aimés du Seigneur,

L’année dernière, dans mon message de Pâques, je vous ai proposé de méditer sur le mystère de la résurrection du Seigneur en nous laissant guider par l’expérience de Marie Madeleine. Cette année, je choisis la figure de l’apôtre Pierre comme témoin du mystère de la résurrection. En suivant le cheminement spirituel de cet apôtre depuis son appel au bord de la mer de Galilée jusqu’à l’aube de la Pentecôtes, nous pourrons contempler la puissance de la résurrection du Christ et comprendre davantage le sens de ce mystère.

Les quatre évangélistes s’accordent sur un fait : Pierre était un pêcheur de profession ; c’est même à la pêche que Jésus le surprendra et l’appellera à sa suite. Pour les riverains, l’une des principales activités c’est la pêche. Au temps de Jésus, les pêcheurs avaient un rang social honorable, parce qu’ils fournissaient un élément principal de l’alimentation ; en outre, ils possédaient une certaine fortune constituée par leur matériel de travail. C’est pour dire que Simon, surnommé Pierre, n’est pas au chômage lorsque Jésus l’appelle ; il n’est pas non plus socialement pauvre. En outre, Simon est un homme mûr et plein d’expérience de vie ; il accuse une attitude spontanée et courageuse ; une écoute marquée par une saine curiosité ; un caractère d’un leader et d’un sans gêne ; il est soucieux de la vérité. Simon Pierre est un homme de bonne foi et de bonne volonté, mais d’une culture populaire et d’une connaissance religieuse rudimentaire, d’où sa lenteur dans la compréhension de la véritable identité de Jésus.

C’est cet homme aux qualités variées que Jésus choisit comme l’un de ses proches disciples et compagnons. Jésus va se mettre au rythme de Pierre tout en l’aidant à dépasser ses vues trop humaines. Il exploitera, pour le bien de tous, les atouts de Pierre. Dès sa première rencontre avec Jésus, Pierre va occuper la première place dans le groupe des douze. Il figure en tête des listes des douze. Il est l’aîné du groupe. Très tôt il reçoit le surnom de Céphas, c’est-à-dire « rocher, pierre, tête ». Simon Pierre accompagne Jésus partout où il va ; il est témoin de tous ses miracles. Avec Jean et Jacques, il appartient au groupe des disciples privilégiés, qui sont les témoins de la gloire et de l’humiliation de Jésus (cf. Mc 5, 37 : résurrection de la fille de Jaïre ; cf. Mc 14, 33 : agonie de Jésus). Simon Pierre est souvent à l’avant-plan, par ex. à la pêche miraculeuse (cf. Lc 5, 3.10), à la fin du discours sur l’eucharistie (cf. Jn 6, 68), au paiement de l’impôt du temple (cf. Mt 17, 24), au lavement des pieds (cf. Jn 13, 6-10). Malgré cette grâce que Pierre a d’être présent dans l’entourage le plus proche de Jésus, la lenteur dans son cheminement de foi en Jésus-Christ est évidente : expérience de Césarée de Philippe où il ne comprend pas que le Messie de Dieu doit d’abord souffrir ; expérience de la marche sur l’eau où malgré l’invitation de Jésus, Pierre hésite encore ; expérience de la transfiguration où Pierre voudrait rester pour parce qu’il y fait bon vivre ; expérience de l’agonie où Pierre, avec ses compagnons, dort au lieu de veiller et de prier avec Jésus. La superficialité de sa foi en Jésus-Christ comme le Messie de Dieu éclate au grand jour lors du triple reniement devant une pauvre petite servante.

Malgré cette lenteur, Jésus n’abandonne pas Pierre : il répond à ses questions, il l’interpelle s’il le faut, il le prévient du danger qui le guette, il lui pardonne sa lourde faute ; bien plus, il est gratifié d’une apparition spéciale de Jésus ressuscité (cf. Lc 24, 34 ; cf. 1 Co 15, 5). A Césarée de Philippe Jésus lui promet, après sa profession de foi, la primauté dans son Eglise (cf. Mt 16, 16-19).

En réalité, la lenteur de Pierre à comprendre les Ecritures ne relève pas de la mauvaise foi, ni d’une attitude égoïste, mais plutôt de la culture et de la foi dans lesquelles il est né, il a grandi et a été éduqué ; le cœur de Pierre est profondément épris de justice, de vérité, de respect mutuel et de sens communautaire. Ainsi, même si dès le lendemain de la mort de Jésus Pierre regagne son métier de pêcheur, il reste néanmoins marqué par l’expérience vécue aux côtés de Jésus. C’est autour de lui, Pierre, que les disciples désemparés devant la disparition brutale de leur Maître vont se retrouver d’abord sans doute sporadiquement et ensuite de façon plus fréquente et cohérente. C’est au cours de ces retrouvailles que Pierre va humblement se remettre devant Dieu dans la méditation, l’écoute des Ecritures, la pénitence, la demande de pardon. Ce travail, marqué par une attitude d’humilité et de bonne foi, a disposé peu à peu le cœur de Pierre à se débarrasser de ses vues trop humaines. Ainsi retravaillé, le cœur de Pierre, comme un terrain fertilisé, a pu recevoir le don du Saint Esprit dès l’aube de la Pentecôtes et produire de bons fruits. Pierre devient capable de scruter et d’expliquer les saintes Ecritures, il pénètre le mystère de l’identité de Jésus-Christ, il parle sans crainte ni gêne, il prône le pardon et la réconciliation, il est le rassembleur de ses frères et sœurs.

Frères et sœurs en Christ,

Dans beaucoup de situations de notre vie nous pouvons nous retrouver dans la vie de l’apôtre Pierre : vues trop humaines, volonté d’avoir des solutions immédiates à nos problèmes et à nos difficultés et selon notre souhait, peur et gêne de confesser notre foi en Jésus-Christ. Mais de l’apôtre Pierre nous pouvons aussi apprendre beaucoup : un homme au cœur humble, profondément épris de justice, de vérité, de respect mutuel et de sens communautaire. C’est cette attitude fondamentale qui lui a permis de se remettre en question et de s’ouvrir aux merveilles de l’action de Dieu en lui et de reconnaître, dans les événements quotidiens, la présence du Christ mort et mis au tombeau. Cette reconnaissance non seulement l’a amené à confesser que Christ est vivant et qu’il est ressuscité, mais l’a poussé à devenir témoin de celui qu’il a renié et à se battre pour les valeurs pour lesquelles Christ est mort.

Confesser que Christ est vivant, qu’il est ressuscité, qu’il est présent parmi nous, qu’il est dans nos cœurs nous invite à ne jamais nous décourager devant nos difficultés spirituelles, matérielles ou morales ; à garder notre cœur foncièrement honnête, épris de justice, de vérité, de respect mutuel et de sens communautaire, à reconnaître humblement nos fautes et nos limites, et à implorer la miséricorde de Dieu et le pardon de nos frères et sœurs. Cette confession de foi est un envoi en mission pour proclamer sans honte ni crainte, en paroles et en actes, dans nos vies et notre travail, chez nous en famille ou là où nous travaillons, individuellement et collectivement, le pardon, la réconciliation, le service, la joie, la solidarité et l’attachement indéfectible au Christ

Chers frères et sœurs,

Au regard de l’expérience de l’apôtre Pierre nous comprenons mieux que Pâques, c’est le passage de la peur au courage et à l’audace, de l’angoisse à l’assurance ; de l’ignorance à la connaissance, de la haine à l’amour, de l’injustice à la justice, de la guerre à la paix, du tribalisme à la fraternité, de la tristesse à la joie, de l’isolement à la communion et à la concertation, de la passivité à l’engagement, des ténèbres à la lumière ; bref, Pâques c’est célébration de la vie nouvelle. C’est cela que nous célébrons dans la liturgie de la nuit pascale. Le Cierge pascal, par lequel s'ouvre la liturgie de la nuit sainte de Pâques, est lumière qui vient chasser l’obscurité et tous les dangers de nos vies : il est lumière qui vient nous libérer et nous faire accéder à la vérité ; il symbolise le Christ qui est « lumière pour éclairer les nations » (Lc 2, 32).

Dans notre pays, la fête de la résurrection du Seigneur de cette année nous invite à entrer résolument dans une ère nouvelle. Les nouvelles institutions issues de diverses élections se mettent en place tant au niveau national que provincial. Dans son adresse à la Nation, à l’occasion de son investiture, S. Exc. Monsieur le Président de la République a fait comprendre à tous les citoyens et citoyennes de notre pays qu’avec l’avènement de la IIIè République s’ouvrait une ère nouvelle, celle du processus vers un développement « intégral », total, développement couvrant toutes les dimensions, matérielles et sociales, culturelles et spirituelles, économiques et politiques des individus, des communautés, de la patrie toute entière.

En conformité avec l’idéal de notre hymne patriotique, « un Congo plus beau qu’avant », le Président de la République a annoncé un Congo travailleur, producteur de ses moyens de vie et exportateur des biens pour d’autres, « un Congo où, chaque jour, le peuple se remet au travail, renversant les paramètres de la pauvreté, en chantier de prospérité », bref, un Congo nouveau, prospère, fort et fier. Il nous a rappelé avec force, que le résultat escompté n’est possible « qu’à la condition qu’un changement plus profond et substantiel intervienne dans notre perception de l’action publique », qu’il y ait « une révolution profonde des mentalités » et qu’on en appelle sans cesse « à une mobilisation générale du génie créateur de tous les Congolais, quelles que soient leurs convictions politiques ou religieuses et où qu’ils se trouvent, sur le territoire national ou à l’extérieur ».

Nous chrétiens, avons des motifs nobles pour puiser le dynamisme de la révolution profonde des mentalités et de la mobilisation générale du génie créateur de tous à partir du message de Pâques. Oui, nous voulons « un Congo plus beau qu’avant », nous voulons « un Congo où, chaque jour, le peuple se remet au travail, renversant les paramètres de la pauvreté, en chantier de prospérité », nous voulons un Congo nouveau, prospère, fort et fier. A l’instar de l’apôtre Pierre, avec un cœur humble, profondément épris de justice, de vérité, de respect mutuel et de sens communautaire, accueillons le don de l’Esprit que Dieu nous fait en cette nuit bénie de Pâques. Ouvrons-nous aux merveilles de l’action de Dieu en nous et reconnaissons, dans les événements quotidiens, la présence du Christ mort et mis au tombeau. C’est cette reconnaissance qui nous amènera à confesser que Christ est vivant et qu’il est ressuscité, qu’il est parmi nous, qu’il est dans nos cœurs. Ainsi nous pourrions lutter pour que le pardon, la réconciliation, la joie, la fraternité, le travail, la justice et la paix règnent dans nos cœurs, dans nos foyers, dans nos villages, quartiers, cités, villes, dans notre province, dans notre pays et dans le monde entier.

Chers frères et sœurs,

Laissons-nous donc illuminer par ce Jésus-Christ mort mais désormais vivant. Non seulement il nous éclairera pour bâtir un Congo nouveau, prospère, fort et fier, mais aussi il nous accompagnera dans la construction de notre Eglise dans la conscience d’être tous solidaires et coresponsables : « Makuku matatu matelimina nzungu, tous prenons réellement notre Eglise en charge ». Oui, La générosité envers l’Eglise dans ses besoins est une reconnaissance de la présence du Seigneur parmi nous. La contribution apportée généreusement à l’Eglise est une part du produit de son travail que le fidèle réserve au Seigneur pour le remercier pour tant de bienfaits dont il le comble.

En cette nuit bénie de la Résurrection du Seigneur, je vous souhaite tous d’heureuses et saintes fêtes pascales et j’implore sur chacun et chacune de vous les bénédictions du Très-Haut.

 

Donné en l’Eglise cathédrale N.-D. de l’Assomption

Boma, le 7 avril 2007, veillée pascale

Mbuka Cyprien, cicm,

évêque de Boma