Message de P‚ques 2009

 

« …Si, par le baptême dans sa mort, nous avons été mis au tombeau,
C’est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi… » ( Rm 6, 4)

 

 

 

 

Chers frères et sœurs,
Joyeuses Pâques 2009 !

 

  1. Après quarante jours de silence sur la parole « Alléluia ! », voici de nouveau ce mot vibrer sur nos lèvres, agrémenter nos cérémonies religieuses, redonner la joie à nos assemblées liturgiques et susciter notre espérance. C’est vrai, Jésus est ressuscité, il est vivant, il est parmi nous, il est dans nos cœurs : Alléluia !
  2. C’est cela, en effet, le message essentiel de la Parole de Dieu en cette veillée pascale et en ces jours de Pâques. Le livre de la Genèse nous présente Dieu en train de créer le monde et tout ce qu’il renferme. Le livre de l’Exode nous relate la libération du peuple hébreu de l’esclavage en Egypte. L’Epitre aux Romains nous rappelle que par notre baptême nous sommes passés de la mort à la vie, des ténèbres à la lumière. Les Actes des Apôtres mettent en évidence la puissance de Dieu qui a ressuscité Jésus d’entre les morts. Les divers textes évangéliques apportent le même message : Celui que les Juifs ont crucifié et enterré est à jamais vivant, grâce à la puissance de Dieu.
  3. Cette espérance suscitée par la résurrection du Seigneur risque d’être étouffée par le climat morose  que traversent nos pays dont la situation de pauvreté est aggravée par la tempête financière mondiale qui sévit partout, sans oublier les malaises et les insatisfactions vécus dans notre pays. Il est vrai qu’il y a des signes visibles dans les efforts de reconstruction nationale : la paix menacée se rétablit tout doucement ; les relations diplomatiques s’améliorent progressivement ; des actions d’aménagement des infrastructures scolaires, sanitaires et routières sont engagées par-ci par-là.
  4. Toutefois, la situation générale de notre pays continue de nous inquiéter : nos principaux axes routiers deviennent difficilement praticables ; des quantités des véhicules pleins de marchandises empruntent nos routes sans qu’ils n’y laissent un centimètre cube de bitume, au contraire, ils en emportent le peu qu’il y a ; nos villes sont sales et poussent d’une façon anarchique ; nos tribunaux sont pleins des dossiers relatifs à des disputes autour des parcelles vendues illicitement ; nos hôpitaux sont pleins de malades, mais pour beaucoup l’accès aux soins de santé primaire demeure encore très difficile ; l’accès à l’eau et à l’électricité est encore très faible. La liste n’est pas exhaustive, elle provoque souvent le découragement, voire même le désespoir. C’est pourquoi je voudrais qu’à cette occasion des fêtes pascales 2009 nous méditions sur le thème de l’espérance.

Bien-aimés du Seigneur,

  1. L’expérience des disciples d’Emmaüs dont nous parle l’évangile selon saint Luc dans la page lue lors de la messe du soir de Pâques est riche d’enseignement. Depuis l’arrestation de leur Maître, les disciples de Jésus sont dans la dispersion, dans le désarroi. Comme bien d’autres, les deux disciples s’éloignent de Jérusalem, découragés, déçus : « Nous espérions, disent-ils, que c’était lui qui allait délivrer Israël… » (Lc 24, 21). C’est sur cette route du désespoir qu’un voyageur inconnu les rejoint. Il leur pose des questions saugrenues, mais les deux disciples lui répondent quand même avec beaucoup de respect. Il leur explique les Ecritures d’une façon convainquante.
  2. Au départ agaçant, cet intrus devient pour eux par la suite un compagnon de route, un ami avec qui ils souhaitent passer la nuit. Et lorsque l’inconnu rompt le pain, le partage et le leur donne, ce geste leur fait découvrir leur Maître. Du coup, c’est fini le découragement et le désespoir, la menace de la  résignation disparaît, la soirée n’est plus pesante mais paisible, les graines de l’espérance germent déjà dans leurs cœurs. Et pourtant, Jésus ne leur a porté ni or ni argent ; il ne leur a rien laissé matériellement. Au contraire, affirme l’évangéliste, dès que leurs yeux s’ouvrirent et qu’ils le reconnurent, déjà il avait disparu (cf. Lc 24, 31). Que s’est-il donc passé pour que ces disciples en arrivent à se débarrasser de la tristesse et du désespoir et à devenir si joyeux et pleins d’espérance ?
  3. Le fait de constater que leur Maître était vivant, signifiait pour eux que Dieu l’avait glorifié à cause de ses œuvres (cf. Jn 20, 23 ; Ac ) ; c’est donc, Lui Jésus qui avait raison. Cette victoire ne pouvait que susciter la joie dans les cœurs des disciples. Si donc le Christ est ressuscité, la dernière parole de l’histoire n’est ni la souffrance ni la mort, mais l’espérance. Ainsi, la résurrection du Christ nous garantit qu’au-delà du vendredi saint de nos souffrances pointe l’aube de la Pâque finale. Heureux donc celui qui suit le Christ, il sera lui aussi  honoré par Dieu (cf. Jn 20, 26). Une souffrance, même imméritée, une fois assumée, est don de soi et génératrice d’espérance, mais subie, elle conduit au découragement et au désespoir.

Chers frères et sœurs,

  1. Celui qui suit le Christ ressuscité accepte de parcourir avec lui le chemin obscur de la passion et doit être capable d’étendre la joie du ressuscité à toutes les croix de ce monde. A l’instant même, dit l’évangéliste, les disciples d’Emmaüs se levèrent et retournèrent à Jérusalem où ils racontèrent avec joie aux autres disciples comment ils avaient reconnu le Maître lorsqu’il avait rompu le pain. Libérés de toute déception, ils marchent résolument et joyeusement sur la route de l’espérance où leur Maître les ramène. Aussi vivre l’expérience de la résurrection du Seigneur invite-t-il à ne pas croiser les bras, à ne pas chercher le cadavre du Christ, mais à aller vers les autres pour être des témoins de l’espérance. 
  2. Ce message doit susciter en nous une manière nouvelle de réagir devant les situations qui marquent notre vie quotidiennes. Quelle parole d’espérance pouvons-nous apporter aux situations pénibles que nous vivons ? Rappelons-nous l’attitude des disciples d’Emmaüs après la rencontre avec le Christ ressuscité : se rendre en toute hâte à Jérusalem pour partager avec les autres la joie d’avoir rencontré le Maître.  Souvenons-nous de ce que le Christ dit à ses disciples après sa résurrection : « Allez dans le monde entier, annoncez la Bonne Nouvelle à tous les hommes » (Mc 1§, 15) ; « Vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’au bout du monde » (Ac 1, 8). On pourrait dire témoins du Christ dans nos cœurs, dans notre environnement de vie et de travail, dans notre diocèse et pays, et dans le monde entier.

Bien-aimés du Seigneur,

  1. Témoins du Christ ressuscité, nous ne nous contentons pas de rapporter ce que nous entendons, mais surtout nous portons, par nos actes, témoignage au message du Christ. Dès lors sont bannis le découragement, la pleurnicherie et le désespoir. Plus nous pouvons susciter l’espérance en nous et autour de nous, plus nous provoquerons les autres à être eux aussi témoins de l’espérance. Notre réussite ne viendra pas des moyens dont nous disposons ni des applaudissements pour nous, mais des exemples concrets que nous aurons apportés qui, forcément, déposeront dans les cœurs des hommes et des femmes de bonne volonté des graines d’espérance qui germeront tôt ou tard.
  2. Avant d’aller susciter l’espérance dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’au bout du monde, commençons d’abord à Jérusalem, c’est-à-dire à domicile et dans notre environnement immédiat de vie et de travail. Quelle pertinence peuvent avoir mes pleurnicheries sur le manque d’hygiène et de salubrité dans nos villes et cités, sur l’anarchie dans le lotissement de nos villes et cités si l’intérieur de ma propre maison, si ma propre cour et parcelle sont transformées par les cochons comme leur piscine de réserve, et si les annexes de ma maison sont construites de la même manière que poussent les herbes sauvages. Quel courage puis-je avoir de m’insurger contre la Regideso ou la Snel lorsque je me permets de laisser couler un robinet à longueur des journées sans gêne ni scrupule, lorsque je me permets de casser un tuyau pour étancher ma soif individuelle, lorsque je me livre à des raccordements électriques frauduleux ? Que dire de ces tronçons routiers devant nos maisons que nous transformons en poubelles, en dépotoirs ou que nous laissons envahir par les herbes ou le sable sans nous en préoccuper ! Nos ports sont, dit-on partout, les plus chers du monde, ils sont même menacés d’être marginalisés ! Raison, entre autres, des tracasseries fiscales décourageantes ! Qu’est-ce que je fais, moi, qui ai intérêt à voir prospérer ces ports pour le bien de mon pays en général et de ma contrée en particulier ? Suis-je prêt à contribuer à assainir le circuit fiscal mafieux qui tend de plus en plus à discréditer ces ports ? Ai-je le courage de rendre compte à la communauté nationale de mes impressionnants moyens financiers alors que le pays tout entier est en crise économique ?

Chers frères et sœurs,

  1. Il n’y a rien à faire, pour soutenir notre espérance il nous faut mettre en place différentes actions appelées à dépasser les intérêts particuliers pour oeuvrer dans la perspective du bien commun. Tout comportement humain droit est espérance en action. Nos actions ne sont jamais indifférentes devant Dieu ; et elles ne le sont pas non plus pour le développement de notre histoire. Un bon exemple concret est une preuve irréfutable que le changement est possible, qu’il est possible d’aller de l’avant. Le découragement est combattu par le courage, les pleurnicheries par l’engagement. La provocation de l’autorité compétente pour l’amener à l’action ne sera efficace que par des exemples concrets de notre implication personnelle. Et même si nous n’y arrivons pas, au moins quelque part nous aurons fait un pas vers l’annonce de la Bonne Nouvelle en jetant des bases pour une action à moyen ou à long terme.
  2. Pour passer de la promesse de vie au fruit, la seule voie possible est d’offrir sa vie par amour, et de mourir par amour. Jésus l’a dit lui-même : « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il donne beaucoup de fruit…» (Jn 12, 24-25). C’est cela que nous avons rappelé avec force dans le message d’ouverture de cette année pastorale : 1) affermir notre foi ; 2) témoigner de Jésus-Christ dans nos vies ; et 3) rester fidèle au Christ même dans les difficultés. Ainsi, pour répondre à ces exigences, nous avons défini notre thème pastoral en ces termes : « Makuku matatu matelimina nzungu, soyons des chrétiens adultes, convaincus et engagés » ; « Makuku matatu matelimina nzungu, betu vuanda bakulutu na lukuikinu na kumonisa mpe ku sadila yawu » ; « Makuku matatu matelimina nzungu, tubanu bakristu bayela mu luwiluku, baduka ayi bansala ». C’est toujours dans cette perspective que dans le Message de Noël de l’année écoulée nous avons invité tous les fidèles à promouvoir la participation effective des uns et des autres dans des actions communes, à favoriser une convi­via­lité active au-delà de divers clivages, et à créer un cadre de vie capable d’assurer la complé­men­ta­rité entre ces clivages, dans un travail associatif et partenarial.
  3. Exultez de joie, multitude des anges ; exultez, serviteurs de Dieu ; sonnez cette heure triomphale et la victoire d’un si grand roi. Sois heureuse aussi, notre terre, irradiée de tant de feux, car il t’a prise dans sa clarté et son règne a chassé la nuit ».

Bien-aimés du Seigneur,

  1. Ce chant qui annonce la Pâque, célèbre l’espérance qui marque la création toute entière. C’est par cette note d’espérance que je termine ce message. Je vous souhaite tous de célébrer les fêtes pascales dans la joie et l’espérance. Amen. Alléluia !

      Donné en l’Eglise cathédrale Notre Dame de l’Assomption,
Veillée pascale,  Boma, 11 avril 2009
Mbuka Cyprien, cicm
Evêque de Boma