Message de P‚ques 2010

«Pourquoi cherchez-vous le vivant parmi les morts ? Il  n’est pas ici, mais il est ressuscité. » ( Lc 24, 5-6)

 

Chers frères et sœurs,
Joyeuses Pâques 2010 !

1. Dans mon Message de Pâques de l’année dernière j’avais médité avec vous sur le thème de l’espérance. J’avais tenu à vous assurer qu’en dépit des signes d’inquiétude que présentaient les situations socio-économiques et sociopolitiques de notre pays, nous chrétiens, avions cependant des raisons d’espérer et de quoi susciter en nous et autour de nous des germes d’espérance. Car«…si, par le baptême dans sa mort, nous avons été mis au tombeau, c’est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi… » (Rm 6, 4)

2. Cette année je vous invite à porter notre attention sur le message que les saintes femmes reçoivent lors de leur visite au tombeau de Jesus. Je voudrais souligner combien la résurrection du Christ est pour nous chrétiens un stimulant à nous engager non seulement dans l’Eglise mais aussi dans la société.

3. Lorsque les saintes femmes se rendent au tombeau de Jésus dans l’intention de l’embaumer elles manifestent leur affection envers cet homme qu’elles avaient admiré et aimé ; elles veulent lui rendre le dernier hommage et lui exprimer leur fidélité et leur volonté de maintenir son souvenir vivant. Mais en réalité cette affection est dictée par une attitude humaine. Ce qui les intéresse surtout, c’est de voir le corps de leur Maître être bien conservé et respecté. Au tombeau, une autre réalité les attend : il est vide, un être céleste leur adresse un message qui va réveiller leur foi : « Pourquoi cherchez-vous le vivant parmi les morts ? Il n’est pas ici, mais il est ressuscité. » (Lc 24, 5-6) ; «...Il vous precede en Galilee ; c’est la que vous le verrez... ». (Mc 16, 7) En d’autres termes, l’envoyé céleste demande aux saintes femmes de cesser de se livrer à une recherche de la présence physique de Jésus. Il les invite à se rendre plutôt en Galilée où leur Maitre les attend pour leur confier la mission de libérer le monde de toutes sortes des maux : « Allez par le monde entier, proclamez l’Evangile a toutes les créatures » (Mc 16, 15). Ainsi, faire l’expérience pascale, c’est s’ouvrir à la présence nouvelle du Christ qui nous invite à nous engager à promouvoir la libération intégrale du monde. Croire en la résurrection du Christ c’est donc cesser de chercher la présence physique du Christ, témoigner dans le monde la présence aimante de Dieu.

Chers frères et sœurs,

4. Comme chrétiens, nous sommes appelés à faire l’expérience pascale tous les jours à travers la vie de prière, la vie sacramentelle, la vie fraternelle ; la promotion de la justice, de la paix, du pardon, de la réconciliation et du développement intégral. Mais en même temps, l’Eglise nous donne l’occasion annuellement de faire cette même expérience de façon plus intense et plus consciente à l’ occasion de la fête de Pâques. Aussi devons-nous nous poser quelques questions : en cette fête pascale 2010, Où le Seigneur nous envoie-t-il ? Que nous demande-t-il de faire ? Ces questions exigent une réponse qui va au-delà des simples cris : Alléluia ; Il est vivant; Il est ressuscité; Il est présent parmi nous ; Il est présent dans nos cœurs. Ces paroles doivent provenir de nos coeurs et imprimer notre manière de vire.

Chers frères et sœurs,

5. Citoyens, nous nous préparons à célébrer le Jubilé d’or de l’Indépendance de notre pays. Dans cette perspective, la fête de Pâques est un véritable rendez-vous avec le Seigneur qui nous confie la mission de nous rassembler autour de Lui dans la paix, la réconciliation, le pardon mutuel pour bâtir un pays plus juste et plus prospère. Le message de Pâques doit susciter en nous un dynamisme nouveau pour lutter contre les maux qui rongent ce pays et le conduisent à la misère. L’un des grands fléaux qui minent notre pays et détruit les relations fraternelles, c’est la corruption.

6. Il est vrai que nos responsables politiques s’efforcent de lutter contre ce phénomène ; on note des décisions qui mettent en pratique le principe de « tolérance zéro » ; des commissions de lutte contre la corruption, la fraude et les tracasseries policières, administratives et douanières existent. Néanmoins nous sommes encore très loin d’éradiquer le phénomène de la corruption. La corruption au sein de l’enseignement produit des diplômés incompétents et voués à la tricherie ; nous aurons ainsi des politiciens, des Administrateurs, des Ministres, des prêtres, des pasteurs, des Médecins, des Techniciens médiocres et tricheurs. Lorsque vous obtenez un emploi par la corruption, il y a beaucoup de risque que vous vous versiez dans la pratique du détournement, car vous êtes psychologiquement redevable à celui qui vous a aidé à obtenir l’emploi. Le commerçant qui corrompt vole le pays en échappant aux impôts et à la fiscalité. L’agent de l’ordre qui pratique la corruption, non seulement vole notre argent, mais aussi encourage le désordre et le danger. Dans notre pays, par exemple, nos véhicules ont tous des cartes annuelles d’expertise technique livrées par les agents de l’Etat sans expertise technique mais moyennant un paiement. Ce n’est pas pour rien que la plupart de nos véhicules sont des tombeaux ouverts, roulant sans freins ni phares ! Où va l’argent que nous versons pour les cartes d’expertise ? Qui est responsable de ces accidents dus à la défectuosité technique des véhicules ? Dans un milieu corrompu inévitablement la vie sociale et économique, la santé physique et morale sont misérables. La corruption favorise le népotisme, le tribalisme et le régionalisme. La corruption aggrave la situation de non paiement des fonctionnaires, elle renforce la médiocrité des salaires et accentue la cherté de la vie au bénéfice d’une minorité.

7. Face à la corruption, les réactions sont diverses. Les uns se résignent, impuissants de dire et de faire quoi que ce soit : c’est le silence. D’autres ne cachent pas leurs points de vue en disant : « l’état ne nous paie pas, notre salaire est maigre ». D’autres encore enfin disent que leurs affaires ne marchent pas, ou qu’ils ont emploi. Pour les uns et pour les autres, la seule solution : corrompre. Oui, concluent-ils : « la chèvre broute là où elle est attachée ». Avec cela, la corruption est « dédouanée », blanchie, excusée. Finalement ce sont les faibles, les simples gens, les hommes et femmes intègres qui deviennent victimes. Comme on dit, là où se battent les éléphants, c’est l’herbe innocente et fragile qui en pâtît.

Chers frères et sœurs,

8. Pour nous chrétiens, que doit être notre réaction devant le phénomène de la corruption ? Comme nous l’avons déjà dit : la résurrection du Christ nous invite à ne pas rester endormis dans le tombeau, mais à nous mettre debout pour libérer l’homme et le monde de la misère. S’il est vrai que la chèvre broute là où elle est attachée, il est aussi vrai que c’est là que le serpent la mord. Aussi, devons-nous avoir le courage de dénoncer cette pratique. C’est en étant solidaires que nous devenons forts, courageux et audacieux, car l’union fait la force. Dénoncer, oui, mais il nous faut aussi proposer une manière différente de vivre. Je voudrais ici souligner quelques valeurs : premièrement, cultiver la conscience professionnelle : savoir que c’est un honneur et une dignité que de bien faire le travail confié ; deuxièmement, promouvoir la justice : donner à chacun ce qui lui est dû ; troisièmement, promouvoir le bien commun : chacun doit travailler non seulement pour ses intérêts ou ceux des siens, de ses amis, connaissances et membres de famille, mais aussi pour les intérêts de tout le monde.

Chers frères et sœurs,

9. Tel est le témoignage que nous a laissé les premiers croyants au Christ ressuscite : « Tous ceux qui étaient devenus croyants étaient unis et mettaient tout en commun. Ils vendaient leurs propriétés et leurs biens, pour en partager le prix entre tous, selon les besoins de chacun ». (Ac 2, 44-45). Ce message nous vient en fait du tombeau vide de Jésus. Allons par le monde entier apportons ce message. Ce sera là notre manière d’annoncer la Bonne Nouvelle et de témoigner du Christ ressuscitC.

Bien-aimés du Seigneur,

10. Je vous confie tous à la sollicitude maternelle de Marie Notre Mère, qu’elle intercède pour nous auprès de son Fils et qu’au nom de ce dernier chacun et chacune de nous obtienne la santé de l’âme et du corps. Que notre thème pastoral de cette année reçoive une forte impulsion en cette fête pascale alors que nous nous préparons au double Jubilé d’or, celui de la hiérarchie de notre diocèse et celui de l’Indépendance de notre pays. Oui, « Makuku matatu matelimina Nzungu, soyons des chrétiens adultes, convaincus et engagés ». Alléluia…Amen !

Donné en l’Eglise cathédrale Notre Dame de l’Assomption,
Veillée pascale, 
Boma, 03 avril 2010
Mbuka Cyprien, cicm,
Evêque de Boma